16/10/2017

Zosio (122)

Et j’en arrive là où je voulais arriver : il y a mille raisons de passer d’un pays à l’autre, et tout autant de façons de procéder.

 

Néandertal, cet humain ancien, notre ancêtre, voyageait en fonction de ses besoins (alimentaires, outillage, matières premières, …), en fonction des facteurs climatiques, et peut-être même pour des raisons spirituelles qui ne sont pas identifiées et ne sont donc pas prises en compte à ce jour.  Mais il était nomade !

L'histoire est marquée par des mouvements de populations constants.  Le commerce et la guerre en sont sans doute les raisons les plus courantes.  Les gigantesques empires du passé et les différentes alliances entre états font que les populations d’Europe, d’Asie, du bassin méditerranéen, du Moyen-Orient se côtoient, se mélangent, échangent, migrent d’ouest en est, du nord au sud.

 

Au tout début de la guerre 40-45, mon père adolescent a participé à l’exode de la peur de l’arrivée de l’armée d’occupation allemande, le souvenir des massacres de 1914 a entrainé une fuite générale et dans l’urgence des populations. 

A de nombreuses occasions, j’ai entendu des récits de cet étrange voyage, et c’est l’entraide anonyme qui domine ce morceau d’histoire.  Des liens qui passent les générations se sont tissés entre des familles françaises et belges, rien que sur base de ce souvenir : avoir vécu une peur intense, avoir été secouru alors qu’on n’avait plus rien et qu’on pensait avoir tout perdu…

 

Et puis maman arrive en Belgique, elle parle allemand…  La guerre s’est terminée il y a peu d’années (elle a dû arriver vers 1948).  Et malgré ce handicap elle a été accueillie.  Bien sûr elle a vite compris le terme « sale boche » dont certains l’affublaient.  Mais il devait s’agir de réactions anecdotiques, elle a ainsi appris de qui se méfier.  Elle avait d’autres atouts : elle était jeune, belle, indépendante, et elle avait une soif de vivre telle qu’on en connait après des années de privations.  Elle a fait son chemin et s’est mariée en 1952.  Par son mariage elle est devenue belge, et ses quatre enfants sont nés belges…

 

Cela c’est la petite histoire de mes « ancêtres ».

 

Aujourd’hui je m’interroge : je vois mes « concitoyens » hurler dès qu’il s’agit d’aider une personne dans le besoin, s’insurger contre les mesures de plus élémentaires d’accueil, voire mettent en place des pénalités pour contrer l’entraide spontanée !

 

C’est vrai, je ne suis pas fière de mon pays, pour cette raison et pour d’autres…

 

Alors j’imagine…

Et si demain, comme nombre de réfugiés qui meurent sur les routes de l’exil, si demain nous perdions notre bien le plus cher et le plus oublié tellement il est présent et considéré comme inconditionnel : l’électricité ! 

Je ne parle même pas de la peur des bombes, des règlements de comptes entre factions diverses, non, rien que du pacifique : perdre l’électricité…

 

Directement, à mon petit niveau personnel, le chauffage disparait, et je n’ai même pas une cheminée me permettant de mettre un système de chauffage au charbon ou au bois.  Je ne sais plus cuisiner, je dois manger en urgence le contenu de mon frigo et de mon congélo (mais je ne sais plus cuisiner, dur dur…), le pc, le GSM, la radio, la télévision (que je n’ai pas), le lien avec l’extérieur disparait !  Il me reste les voisins qui sont aussi peu informés que moi…

Au-delà de ces premiers constats, ma voiture ne pourra plus faire le plein, les pompes ont besoin d’électricité pour fonctionner. 

Les magasins : plus de paiements par carte, plus de lumière dans les magasins, plus de caisses enregistreuses, plus de chambre froide, plus de, et de, et de…

Au niveau de mon emploi ?  Que pourrais-je faire au bureau si je n’ai plus accès à mes fichiers ?  Si mon écran reste noir, je ne sais plus rien faire qui justifie un salaire mensuel…

 

Et ce simple fait qui semble impossible, la perte d’un élément qui occupe toute notre activité, s’il perdure, nous obligera immanquablement à prendre la route et à émigrer…  Nous ne sommes que des émigrés en sursis !  Ou nos descendants…

 

Ne pas oublier, ne jamais oublier d’où nous venons…  Et ne jamais savoir où nous allons, où nous irons…

10:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

02/10/2017

Zosio (121)

Je parlais d’indignation, de révolte, de colère qui sourdent en moi…  Cet état latent que j’étouffais (bien mal d’ailleurs), en me grisant de mille manières, en endormant ma conscience, en me taisant surtout.

 

La conscience dans laquelle je vis actuellement m’interdit de continuer à fermer les yeux sur ce qui m’indispose, et m’oblige à dénoncer ce qui me choque, car « Qui ne dit mot consent », et j’ai trop longtemps consenti à force de me museler.

 

J’ai déjà abordé l’injustice sociale par le biais de l’indexation des salaires inventée par le capitalisme, et qui est un système qui, à l’extrême, va forcément dans le mur.  Le « De plus en plus » se heurtera immanquablement un jour à l’impossible, il y a une limite à tout quant à la vie sur cette planète.  Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, et ce n’est pas ma spécialité, ni ma formation, mais j’ai là, un domaine riche de thèmes…

 

D’autre part, je suis issue de l’émigration.  Ma mère a été « déplacée » après la guerre, déportée d’un pays de l’Est vers l’Allemagne alors anéantie.  Elle a passé Noël 1944 cachée dans une cave, avec toutes les autres femmes et enfants, dans la crainte de l’arrivée des russes mais surtout des viols qu’ils perpétraient.  Sa faute et celle de la moitié de sa famille : un patronyme d’origine allemande.

 

Voilà donc maman, toute jeune femme (18 ans), débarquant dans une Allemagne ravagée, presque vaincue, à peu de mois de l’armistice, avec sa sœur aînée et sa mère.  Son père et son frère étaient encore retenus prisonniers en Russie.  Ils les rejoindront plus tard dans leur infortune.  Ils n’ont plus rien !  Les russes leur ont tout confisqué.  Ma grand-mère avait une épicerie et mon grand-père était propriétaire terrien, viticulteur et cultivateur de fruits, en plus de quelques bêtes : un cheval pour le transport des personnes et des marchandises, une vache pour le lait, un cochon pour l’hiver, des poules pour les œufs, des chats pour les souris, un chien de garde….  Ils n’avaient que trois enfants et travaillaient tous les deux, cela en faisait une famille « aisée » dans leur village à huit kilomètres de la capitale où mon grand-père écoulait ses récoltes et où ma grand-mère se fournissait en différents produits pour son magasin.  Maman était la cadette de la fratrie, elle aimait apprendre, cela lui a permis d’aller à l’école durant sept années au lieu des six considérées comme le maximum pour une fille.

 

A quoi se destinait-elle ?  Sans doute au mariage et à un statut de mère de famille, avec une vie sociale bien remplie dans laquelle la religion catholique aurait une place prépondérante, comme c’était le cas pour ses parents.  Encore que son père soit déjà à moitié contestataire d’un point de vue religieux, mais je n’ai jamais su parler avec mes grands-parents et avoir confirmation de leur sentiment : l’obstacle de la langue et l’éloignement (ils sont restés vivre en Allemagne).  Ces considérations sont donc issues des confidences de maman.

 

Quelques années de grandes privations en Allemagne, au travail du démantèlement des usines creusées dans les montagnes, mais aussi de joies et d’insouciance parce qu’entre dix-huit et vingt ans, juste après la guerre, le simple fait de vivre procure de la joie.  La moitié de sa famille, celle qui a le patronyme de l’Est, est restée au village, et a fait face au communisme, donc à un grand appauvrissement par l’abolissement de la propriété privée…

 

Mais il fait faim !  L’Allemagne est ruinée, maman remplit son estomac lorsqu’elle travaille dans un bistro où on prépare un plat du jour, et que sa patronne lui offre le repas.  Il n’y a rien à acheter, puis il n’y a pas d’argent, ils n’ont plus rien, ils ont sauvé les missels et des édredons, oreillers, le maximum de vêtements que les femmes ont pu superposer sur elles, des bricoles qui n’avaient pas de sens, mais dans la précipitation du départ et le choix cornélien de faire des ballots d’effets personnels, on s’embrouille, on ne sait plus ce qui est prioritaire, un service à café en porcelaine, des photos, il y en a peu alors, c’est peu de chose…

 

On récupère la toile des parachutes pour faire des chemises aux hommes, on s’arrange d’un rien…

 

Puis, la moitié de son village est dans son cas, elle retrouve donc ses amies, et leurs rêves d’ailleurs se précisent.  Ils se sont fait jeter de leur pays pour l’Allemagne, mais ils ne sont pas allemands, même si leurs papiers les renseignent comme tels et s’ils en parlent la langue, ils sont devenus apatrides, ils peuvent partir où ils veulent, où ils peuvent surtout…

 

Mon arbre généalogique est très particulier en raison de cet exode… j’ai des petits-cousins répartis sur tous les continents (sauf les pôles).  Maman recevait du courrier d’une multitude de pays, et les timbres étaient soigneusement découpés pour les collectionneurs.  Evidemment, l’Amérique et le Canada avaient la cote, la Nouvelle Zélande, le Brésil, …  et la Belgique !

 

Déjà dans les année 20 la Belgique était connue à l’Est comme un pays de cocagne.  Les filles pauvres venaient « en service » (domestique à demeure) pour se faire l’argent qui paierait leur « Trousseau ». 

Puisqu’une femme adulte n’avait de statut que par le mariage (ou la religion), et qu’elle devait apporter le linge de maison en dot (c’est le minimum quand même !), il fallait gagner ses mètres de draps !

Et donc la Belgique offrait des postes de domestiques…

La meilleure amie de maman était déjà passée en fraude d’Allemagne en Belgique et travaillait en noir dans une famille.  Elle a été dénoncée et jetée en prison, peu de temps, avant d’être renvoyée en Allemagne.  Elle a alors convaincu maman de l’accompagner.

Elles sont donc passées en fraude, une nouvelle fois pour l’amie, et ont commencé à travailler dans des familles.  Pour maman, la petite noblesse d’abord, mais qui ne déclarait pas ses domestiques.  Ce sont alors des bourgeois, plus fortunés que les nobles, qui l’ont engagée et déclarée.

 

Une religieuse alsacienne, maîtresse d’école, lui apprendra le français dans ses heures de liberté.

 

 

(La suite prochainement…)

09:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

25/09/2017

120

Comme Manoudanslaforet me le faisait remarquer, il y a l’âge dans la tête et l’âge du corps.

 

On est bien d’accord !

 

Et c’est ce qui me surprend le plus : l’écart qui se creuse entre les deux. 

 

Ma tête a conservé sa part de révolte, et cette révolte s’est sans doute même affutée parce qu’elle a maintenant des éléments d’appui, parce que j’ai analysé, observé des systèmes inventés par l’humain et qu’ils me paraissent déshumanisés, voués à l’anéantissement parce qu’ils reposent sur l’exploitation sans permettre la régénération du système.

 

Pourquoi l’humain, doté d’intelligence, ne met-il pas son savoir au service de l’ensemble de ses congénères ?  Pourquoi l’individualisme a-t-il pris le pas au détriment d’un bien-être plus accessible à une majorité ?

 

Un détail parmi d’autres : je gère le personnel de l’asbl qui m’emploie.  Depuis quatorze ans j’étudie l’évolution des salaires de chaque travailleur.  Le principe de l’indexation est d’application en Belgique depuis… avant que j’entre dans le monde du travail.  Et en 14 ans, alors que le salaire brut du chef de service a augmenté de 100 (chiffre arrondi), celui d’un ouvrier qui travaille pour lui n’a augmenté que de 43 (chiffre arrondi).  Il m’avait semblé comprendre que l’index devait permettre à tous les travailleurs (et aux allocataires sociaux) de faire face à l’augmentation du coût de la vie…  Alors, la vie n’a augmenté que de 43 pour l’un et de 100 pour l’autre ?  C’est drôle, ils paient leur pain au même tarif, leur essence, …  Donc l’un s’enrichit sur le compte de l’indexation et l’autre arrive tout juste à continuer à subvenir à ses besoins ?

Donc, sur cette base, l’écart entre les barèmes ne cesse de se creuser, les « riches » deviennent de plus en plus riches, et les « pauvres » deviennent de plus en plus « pauvres » ?  C’est donc ça la logique défendue ?  Pourquoi ne nous l’a-t-on pas présentée ainsi au lieu de nous endormir avec une théorie faussement égalitaire : « tout le monde aura 2 % » ?

 

De nombreuses questions ont surgi quant à la population mondiale dont je fais partie.  Et si j’étais là, ou là ?  Si je vivais ça ?

 

Mes lectures m’ont menées dans bien des pays, dans des civilisations, dans des époques.  Amin Maalouf fut un guide, au départ avec « Les désorientés », puis les autres, dont « Les identités meurtrières » et « Le dérèglement du monde ». 

De là je suis partie vers des auteurs orientaux, moyen-orientaux.  Et d’un auteur à l’autre, mon parcours de lectrice boulimique m’a promenée vers de belles découvertes divertissantes et instructives.

 

Pour tenter de comprendre il faut apprendre, et pour apprendre il faut pénétrer dans le passé, dans l’histoire.  Alors, les biographies sont des supports, des témoignages à exploiter, et les vies de Louis XIV, de Catherine II, d’Alexandre 1er, d’Aung San Suu Kyi, de Roger Auque, du Che, de Coco Chanel, Marilyn ou Madona et les autres encore, m’apportent un éclairage sur une époque, des faits et des lieux que je n’ai pas connus, pas assimilés, ou simplement pas compris au moment en j’en avais pris connaissance.

 

Et d’autres encore, rien que du plaisir : Anna Gavalda, que j’avais effleurée lors de ma période « je fréquente un bourge qui me paie quatre fois l’an des vacances de grosse bourge, au bord d’une piscine », avec son « Echappée Belle », mais lue entre deux apéros corsés et deux avions, je n’avais pas retenu le nom de l’auteure, et rendu le livre à l’homme du moment.  Un prêt quelques années plus tard, d’une membre d’un groupe de parole que je pratiquais alors, et revoilà Anna dans mes mains, et je la reconnais de suite, et surprise, c’est une réédition, et elle a ajouté un dernier chapitre ! 

 

C’est du pur nectar !  J’imprime son nom dans ma pauvre tête, elle ne me quittera plus, et je cherche, et j’achète et j’adhère totalement, et je la partage avec une amie en pleine dépression qui n’arrive plus à lire, comme c’est souvent le cas quand on est au fond de la déprime, il faut qu’elle positive, qu’elle trouve des histoires qui donnent de l’espoir…  Et Anna, par ses romans, me donne de l’espoir…

Et mon amie de me dire : je comprends que tu l’aimes, on dirait toi, elle pourrait parler de toi.

Là-dessus je cherche ce que nous aurions en commun, et je vois sa date de naissance : 9 décembre 1970, donc, l’année du chien pour les chinois (je suis de l’année du chien, en 1958), puis, sagittaire, je suis ascendant sagittaire.  Echo, écho, écho…

 

Tatiana de Rosnais, « Manderley for ever », m’amène à Daphné du Maurier, auteur anglaise dont je n’avais jamais entendu le nom, mais dont j’ai vu des films tirés de ses romans.  J’embraie et je lis cette auteure particulière dont on se demande d’où lui vient l’inspiration tant sa vie est éloignée de ses créations.

 

Et puis, un auteur anglais m’interpelle également : Alan Hollinghurst.  Plus contemporain, me guide dans le monde peu connu, en ce qui me concerne, de l’homosexualité masculine, qui me touche plus spécifiquement depuis le coming out de mon beau-frère (le mari de ma sœur qui a été assassinée en 2002 loin de l’Europe).

 

Et donc j’ai vogué, d’auteur en titre, de titre en auteur, me laissant porter par mes envies, allant vers des inconnus, me disant que si le bouquin était dans mes mains, c’est que peut-être il fallait que je l’ouvre.  J’ai pris le hasard comme guide et je suis heureuse du résultat, des portes qu’il m’a fait pousser…

 

J’y reviendrai, la dégustation se partage…

 

13:52 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9)