22/04/2013

Après (4)

Bon, pas si simple que ça !  Madame Machin au téléphone.  Je vous rappelle, je suis en réunion.  OK.  Elle me rappelle, pendant qu’on me livre un frigidaire américain monumental, qui passe à peine dans mes portes, et que je reçois l’éducateur principal de mon fils, ainsi que l’assistante sociale, des potes distants, mais des potes, qui font leur boulot, suite au changement de direction.  Emerveillement devant les toiles de tatie, devant la maison que je leur ai fait visiter, devant tout le travail que cela représente.  Puis, avouer à Flo que mon homme n’est plus, qu’il m’a quittée, il y a une semaine…

-      Mais il va revenir !

-        Mais que non !  En général, quand on me quitte, on ne revient pas.  C’est comme ça.

L’immense frigidaire entre dans la cuisine en devenir.  Je dois régler les pieds avant pour le mettre en parfait équilibre.  Bordel, c’est quoi ce truc ?  Je dois appeler Dam, j’ai besoin de lui cinq minutes ce soir, histoire de débloquer ces deux molettes de merde qui coincent tout.

Pas de réponse, mais pas important, je sais qu’il a reçu le message.  Et il vient, après sa journée de boulot, ça lui prend 5 minutes, mais il en chie grave.  Comment une femme seule pourrait-elle faire face à ça ?  Effectivement, la vie n’est pas préparée pour les femmes seules, surtout lorsqu’elles ont un âge certain.  En plus, il faudrait raccorder ce putain de frigidaire à la conduite d’eau, histoire d’avoir des glaçons et de l’eau plate refroidie…  Bon, OK, après ma cure de désintox alcoolique, peut-être que je boirai de l’eau plate, mais jusqu’à présent, je ne bois que de l’eau pétillante !

Il fait un temps merveilleux, grand soleil, je suis déjà entre deux eaux, je décide d’aller bêcher mon futur potager.  Mon ami, frère d’adoption, m’a pris les paumes des mains, ce dernier samedi, pour regarder mes lignes…  Il m’a dit que j’allais trouver, dans un temps très court, une nouvelle histoire d’amour, forte, vivante.  J’ai bien ri !  Mais quand il a retourné mes mains, et qu’il a vu mes ongles noirci par la terre, les bords de doigts rongés par ma nervosité incontrôlable, il n’a pu s’empêcher de hurler.  Et non, j’écris, mais je n’ai pas des mains d’écrivain, claires, lisses et sans cales.  J’ai des mains de femme et d’homme en même temps, je dois tout assumer.  Et bêcher une parcelle abandonnée depuis plus de 10 ans, ce n’est pas de la tarte.  Il ne suffit pas de retourner la terre, il faut, manuellement, en extraire les racines enfuies depuis tout ce temps, soit, se baisser à chaque coup de bêche et manipuler la motte juste retournée, et tout le reste, se heurter aux souches dont les arbres ont été abattus l’an dernier, mais qui ne demandent qu’à redémarrer.  Et le Dam débarque :

-        Je frappe partout, personne ne m’ouvre !

-        Mais tu as la clé de la porte arrière!

-        Oui mais…

-        Je suis au jardin, je n’entends rien.

Il s’occupe du frigidaire, et c’est vrai qu’il n’a pas facile.  Il souligne la difficulté que cela représente pour une femme seule.  Et moi, j’attends encore que le CHR me rappelle pour le donner un RDV avec un psychiatre histoire d’avance dans ma démarche de désintoxication alcoolique, mais rien ne vient.  Le cinq minutes sont devenues des heures, voire des jours.  Si on n’est pas client de « l’assuétude », on passe après tout le monde.  Et non, sorry, je ne suis pas cliente de l’assuétude.  Alors, demain, je vais appeler mon jeune psychiatre du CHU auquel je tiens, le service dans lequel je me sens bien.  Je croyais pouvoir brûler des étapes et y arriver plus vite, mais je me rends compte qu’il n’en est rien.  Et puis, je ne veux pas mouiller Dam dans mon histoire.  A chacun la sienne hein !  Il souhaite effectuer la même démarche, je ne veux pas faire obstacle.

Bref, à part tatie qui s’est imposée, alors que nous parlions, comme deux adultes responsables, la soirée fut bonne.  Il m’a même provoqué un fou-rire.  Il n’en revenait pas.  Content de provoquer autre chose que mes larmes.  Si, je me sens mieux, si j’ai envie d’évoluer, si, j’ai envie de me débarrasser de mes addictions, si, j’ai envie de reprendre ma vie en mains, des deux mains… Si…  Demain, je contacte mon CHU de prédilection, voir si les délais sont aussi longs.  Je veux que tout cela cesse !  Je veux vivre, en pleine conscience…

 

19:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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