23/04/2013

Après (5)

Retour au boulot, pas trop difficile.  Je sais les sous-entendus qui m’entourent quand on me demande si « ça va ? ».

Hier soir, partie dormir après m’être assommée, comme chaque soir. Dodo assuré jusqu’à 2 heures du matin environ.  Par sécurité, je monte avec mon GSM, et mon répertoire.  Des fois que je recevrais un message de Dam, des fois que je devrais, absolument, lui envoyer un message au milieu de la nuit, parce je serais trop frustrée de son silence permanent…

Mais non, rien…

Et pourtant, en ouvrant ce putain de cadran, je vois que j’ai reçu un message vocal.  De mon grand frère !  Un super gentil message qui me dit que si j’arrête tout d’un seul coup, l’alcool, les mecs, mes projets (sauf l’écriture), je vais sombrer peut-être encore plus.  Pourquoi pas la clope en plus hein ?  Il me recommande une cure de caviar ou de foie gras pour compenser toutes ces souffrances que je suis décidée à m’infliger.  Puis, ouvrant ma boîte mail, encore un super gentil message de sa part, me parlant des « UP » and « DOWN » qu’il a bien connus, et de son soutien sans limites qu’il m’accorde, jour et nuit, il dort aussi avec son GSM, et je peux lui parler à n’importe quelle heure, m’épancher sur son épaule.  Mon grand frère est un homme bien, un être merveilleux.  Nous avons défini nos rapports de fraternité, et c’est de ça dont nous avons besoin tous les deux, présentement. 

Et puis, les messages de mon fils africain, depuis Ouagadougou, le père de ma filleule, qui m’encourage depuis son pays, me file du baume au cœur, avec sa propre culture.  Un jeune gars de l’âge de Dam, à peu près, ses papiers ont été frelatés quand il est entré à l’école, qu’il a peu suivie.  Officiellement, il est du même âge que le fils, mais officieusement, il serait un peu plus âgé, soit pratiquement de l’âge de Dam.  Ses mots sont à lire tout haut, parce que très phonétiques, mais tellement beaux, tellement emplis de sentiments, des bons sentiments qu’il ressent pour moi…

Quel bonheur d’être entourée à ce point, je n’ai jamais connu ça.  Je n’ai connu que le mutisme, l’enfermement sur moi, la fuite des lâches…  Et en lâcheté, Dam ne déroge pas à la règle, mais d’autre part, il reste un peu présent.  Je sens qu’il comprend ce qu’il perd en partant, je sens qu’il réfléchit, à peine.  Il constate, de manière évidente que j’étais un soutien pour lui, un soutien qu’il n’avait jamais connu « avant ».  Il n’a plus de linge propre et rangé dans son armoire, il n’a plus personne qui lui range ses papiers, personne qui s’occupe de ses repas, personne qui l’écoute, il n’a plus que des exigences et des conflits à éviter parce qu’il ne sait pas gérer. 

Je suis décidée à ne pas déroger à ma règle de conduite : je veux du respect, je veux qu’on entre dans le cadre que je gère et que je définis.  C’est moi le CHEF, c‘est moi qui assume tous les problèmes de mon cheptel de nazes, alors, j’exige qu’on me respecte.  Sinon, je ne fais plus rien, pour personne, je vis comme une conne, tentant de survivre au lieu de profiter de la vie…

Bref…

J’ai repris contact avec ma psy du CHU, c’est elle que je vais retrouver, pour tenter de sortir de tout ça, pour aller faire un sevrage qui me semble évident et indispensable.  Le CHR, le lieu de Dam, devait me rappeler pour me proposer un RDV, mais rien… 

-        Vous êtes client ?

-        Non.

-        On vous rappelle !

Le malaise mental en Belgique reste un sujet tabou.  Personne n’y a droit !  Il faut se clientéliser, être suivi par quelqu’un, dans un endroit, sans quoi, tu vas te faire voir !  Et personne n’en a rien à foutre !!!!

Mais si on a le malheur d’en parler dans son milieu professionnel, même en gardant ses compétences, on devient des bannis !  Des loosers, des gens à la traîne.  Il faut produire, engendrer, même s’il n’y a pas de quoi s’occuper une journée par semaine, il faut faire semblant, ne pas sombrer dans l’ennui qui est pourtant là, qui mine le quotidien.  Faire semblant, il n’y a que ça qui compte…

Dam passe à la maison, après journée, il vient s’effondrer, fumant un pétard avec le papé, avant de rentrer « chez lui », soit chez sa mère.  Non, il n’a jamais su assumer l’idée de vivre avec moi.  Oui, ça m’a gavée, insultée.  Oui, j’en ai souffert, j’en souffre encore, mais il en est ainsi, je n’ai été qu’un outil, et par ouï dire, je sais que patron a saisi et qu’il use et abuse avec ses allusions perverses, hier à mon sujet, avec Dam, aujourd’hui, à propos de Dam, vis-à-vis de moi.

Je suis dans une perversité poussée à outrance.  Je me demande quel est mon rôle Dans l’histoire, pour autant que je détienne encore un moindre rôle, je deviens un jouet dans les pattes d’une multitude de chats non castrés, en furie, en plein printemps tardif.

Frérot, ne me laisse pas tomber !  Je sais que tu es là, je te sens à mes côtés, à chaque instant, je sais que je peux compter sur toi, et j’apprécie vraiment ton assistance dans ma nouvelle dérive affective.

Putain, quand vais-je sortir de tout ce merdier environnant ?

Je viens d’évoquer l’avenir de ma communauté idéalisée avec tatie et Dam, de passage pour me régler mon frigidaire américain, dernière acquisition de confort, pour remplacer deux frigos merdiques, et aussi pour éviter de rentrer « chez lui », soit chez sa mère.  Je n’ai plus d’idéal communautaire, je suis dans l’illusion totale, c’est un fait accompli, décidé, vérifié.  Je suis en plein rêve, la vie, celle d’ici, n’est pas comme je la voudrais, elle n’a que le sens du chacun pour soi, du chacun sa merde, et le reste ne compte pas, soyons égoïste à fond

 

18:38 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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