25/04/2013

Après (6)

 

Journée « down »…

 

Cassée par le mutisme de Dam, jamais une réponse à mes sms, jamais rien d’autre que du « matériel », des projets de trucs à faire pour l’avancement des travaux, des projets répétés depuis des mois, mais qui n’ont pas été réalisés, et devront encore attendre bien longtemps pour être enfin réalisés, sans doute par d’autres mains.

 

Et c’est aujourd’hui qu’il doit aller chez son doc, avoir son ordonnance, ne pas se retrouver en manque de méta.

 

Je lui glisse discrètement de ne pas oublier d’appeler pour avoir un rendez-vous.  Si je chantais Malbrouk, ce serait du pareil au même…

 

Je sais qu’il n’est pas encore retombé dans le piège fatal, même s’il affiche une petite mine.  Fatalement, la situation actuelle qu’il vit aussi, n’est pas très glorieuse.

 

Alors, je lui écris un mot qu’il dira sans doute, sur du papier, pour changer des modes d’expressions qui ne le touchent pas, par écrans interposés.

 

Et je lui dis qu’il ne peut pas se laisser aller, que je veux bien l’emmener chez le toubib, qu’il n’a pas fait son sevrage pour moi, mais pour lui et qu’il ne doit pas jeter le gant !  Je lui botterai le cul sans cesse pour qu’il poursuivre son travail, pour qu’il trouve un sens à sa vie, même si elle n’est pas avec moi.  Tant qu’il aura de l’importance pour moi, je ne le lâcherai pas…  Et je serai chiante si besoin !

 

Un peu plus tard, il est venu me demander le n° de téléphone de son toubib, il l’a appelée, il a eu son rendez-vous pour la fin de la journée.  Il m’a dit, ensuite, qu’il allait appeler prochainement sa psychologue du service d’assuétude pour planifier son sevrage alcoolique durant le mois de mai, plus calme au niveau du boulot.

 

Bon sang, il faut continuer de mettre un pied devant l’autre pour avancer !  Je ne crois pas que sa famille (sa mère et sa sœur), le pousse dans ce sens.  Elles en ont peut-être marre, depuis 15 ans que ça dure.

 

Tant que j’en aurai la force, je le pousserai vers l’indépendance, même s’il m’a entraînée dans une lamentable histoire que je n’aurais pas dû vivre, que je voulais absolument éviter par méfiance naturelle, parce que j’avais fait une croix définitive sur le sentiment amoureux, parce que trop échaudée déjà…

 

Et je lui en parle, dans la voiture, pendant nos visites : médicales d’un côté, pharmaceutiques de l’autre.  Ensuite, la visite du cuisiniste, qui vient une fois de plus vérifier les mesures bancales de la pièce.  Dam s’en va, appelé par sa mère…  Petit chien tranquille, mais de plus en plus critique vis-à-vis de sa vie.  Sa doc lui a préparé un document pour rentrer en assuétude, à nouveau, un document qui le place en « priorité » par rapport à la liste d’attente.  Nous avons un peu le temps de discuter.  Je lui raconte mon expérience de janvier, quand ma psy me demandait qui prenait soin de moi, moi qui prends soin de tellement de gens.  Je lui ai dit, du bout des lèvres :

 

-       Dam !

 

Mais non, il estime importante « la maison », mais pas moi.  La maison lui inspire de bonnes ondes, mais moi, je ne suis rien, qu’une « propriétaire ».

 

Alors, en rentrant de ces visites, je prends ma tension, somme je dois le faire le plus souvent possible pour adapter mon traitement à l’hyper-tension…  Pas cool…  21/12.  Deux minutes plus tard : 20/11.  Oh mais que voilà un mieux !  Dam aussi voudrait pouvoir se plaindre, mais un 10/6 lui colle à la peau, déjà hier.  Mais c’est beaucoup trop peu dirait tatie.  Tu dois voir un doc !

 

Je joue, je frôle l’infar, à n’importe quel moment, mais c’est normal, c’est seulement moi.  Alors que va-t-il advenir de la communauté ?  Ben le papé, il va au home, il y est déjà.  Le fils, il reste au home.  Il y est déjà.  Le Dam, il reste chez sa mère : il y est déjà.  Donc, je n’ai plus qu’à me laisser aller, je n’ai plus d’utilité, tout le monde est planqué.  Mon rôle est fini.

 

La maison, elle sera gérée par le conseil de famille, composé de ma sœur, de mon frère (avec lesquels les ponts sont coupés depuis peu), et par Fred et Lucienne, ses tuteurs testamentaires, que je ne vois plus que très peu, trop occupés par leur propre vie.

 

Durant cette conversation, Dam souligne son appréciation de mes écrits, me pousse à continuer, à exploiter mon type d’expression de prédilection, c’est ma soupape, ma drogue à moi.

 

-       Oui, mais je préfèrerais y décrire mes joies plutôt que ma tristesse.

 

Il sursaute :

 

-       Détruire tes joies plutôt que ta tristesse ?

 

-       Non !  Décrire !  Décrire…  Mais paradoxalement, les joies sont bien plus difficiles à décrire, on préfère les vivre, simplement, en jouir pleinement, oubliant la noirceur de la tristesse.

 

Et d’autres conversations encore, au téléphone, dont Fabi, l’après-midi, qui entre à l’hôpital pour une opération que nous espérons bénigne, et qui a dû se résoudre à euthanasier son fidèle compagnon à 4 pattes samedi dernier.  Son compagnon de galère et de bonheur pendant tellement d’années partagées.  Elle aussi a connu des peines importantes, des décès, des ruptures, des moments de vide absolu, de solitude intense.  Mais comme elle le dit si bien, et comme c’est tellement vrai, il est impossible de partager la peine.  On ne peut décharger quelqu’un d’une partie de sa tristesse.  Non, ça ne se partage pas, c’est intime, c’est une masturbation intellectuelle qui ne provoque aucun plaisir.  Seule la joie se partage…

 

Puis, plus tard, dans la soirée, mon grand frère au téléphone et des fous rires, de la dérision bénéfique sur les sujets graves. 

 

Mais j’ai suivi son conseil, j’ai avalé une aspirine histoire de rendre mon sang plus fluide, et tenter de diminuer cette tension artérielle inquiétante…  Au matin, j’étais à 19/12.  C’est mieux !

 

Au moins, si je m’écroule au boulot, il y aura du monde pour intervenir !!!

 

Petite diversion dans la morne journée de l’équipe….

 

10:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

21/12, 20/11... tu vas te péter les tuyaux du cérébral, ma p'tite Dam... euh... pardon... ma p'tite dame. Faut consulter du médical, avaler des médocs, se bouger les fesses, sortir vite fait ton jogging et tes pompes de course... Allez hop, une deux une deux...

Écrit par : Un homme | 27/04/2013

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Non, plus envie de bouger, plus envie de vivre, et même pas droit au suicide à cause de l'assurance vie. La petite Dam capitule, elle jette le gant ! Bon, je m'accorde jusqu'à lundi quoi !

Écrit par : Zosio | 27/04/2013

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Chère Zosio - j'ai l'impression que nous nous connaissons.
J'aime bien votre "thérapie littéraire" !

:)

Courage!
Il faut pas rester toute la vie "aux pieds du palmier" : "LUI" - La vie est belle SANS.

Bizzzz,

Écrit par : pouleastucieuse | 29/04/2013

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