27/04/2013

Après (8)

Envie de contacts, envie de solitude absolue, je ne sais plus où me situer.  Des contacts, oui, mais de vrais contacts, avec les personnes qui connaissent mon malaise et le respectent.  Les autres, je m’en fiche royalement, mais je dois quand même les passer aussi, rien qu’au magasin, le petit sourire à la caissière qui n’est pas forcément mieux que moi pour l’instant.  C’est pas la peine de lui rappeler son propre chagrin en la boudant.  Mais ça ne prend qu’une seconde, c’est pas difficile de leurrer les inconnus.  Il n’y a que moi-même que je n’arrive pas à leurrer.  Le miroir est ce qu’il est, et il me dit la vérité, il me dit que je vais mal et que je n’ai plus envie de vivre cette vie-là…

Comment effacer le passé, devenir amnésique, repartir sans emmener ce lourd bagage ?

Et puis, ce courrier, imprimé sur papier, destiné à Dam, entrepris hier soir, mais qui ne donne que du mutisme, encore et toujours :

vendredi 26 avril 2013.

J’ai tellement de choses à te dire, envie de te dire, envie que tu entendes, mais les mails et autres synonymes n’arrivent pas à tes yeux, et les SMS ne permettent pas d’exprimer, c’est seulement un truc débile pour des gens qui sont en connivence, qui n’ont que des détails à affiner.  Ce n’est pas le cas de notre relation pour laquelle rien, ou presque, n’est défini.

Pour ce que j’en sais, j’éprouve de l’amour pour toi, c’est une évidence, un amour démesuré, un amour possessif et exclusif, mais un amour sans retour.  Alors, pour ne pas te perdre complètement, j’y mets ma dose de « maternitude », je tente de te tenir encore un peu auprès de moi en tentant de t’inciter à prendre soin de toi, tout en définissant mes limites : ta santé, physique d’abord, mentale surtout.  Mais je doute de moi, à chaque instant, tout comme je doute de ton envie de grandir.  Je sais que tu cherches à « faire plaisir », à donner l’illusion, que tout va bien, que tout roule, que tu es heureux.  Ta joie affichée me désarçonne, me rend triste à en mourir.

Ce matin, tu étais tout beau, bien sapé, lavé, rasé, tout frais.  Tout ça pour ramasser aux ordures.  Paradoxal paradoxe…  Et ta bonne humeur me glaçait le sang.  Je préfère devenir aveugle et sourde que continuer à me fendre l’âme de cette manière.  Toutes ces conversations autour des aventures de chacun, du bonheur étalé, des espoirs escomptés avaient le don de me démoraliser, moi qui n’ai plus rien à attendre de la vie, que les emmerdes que je choisis de prendre en charge, et celles qui sont déjà à ma charge.  C’est mon dernier rapport avec la vie, l’existence qui est mienne.  Tenter de me faire aimer par mon action d’assistance, parce que je ne suis pas « aimable » en tant que personne.  Non, je suis une femme de l’ombre, qui agit en cachette, qui dédie sa vie aux autres, sans retour possible.  L’ombre n’est que l’ombre, pas la personne, l’ombre s’efface lorsque le soleil disparaît.

Tu m’as dit que tu passerais ce soir, j’en étais toute ragaillardie, réconfortée, mais je ne pense pas que tu passeras, tu dois être avec M, vendredi, fin de semaine, festivités des célibataires en goguette, et puis ça me rappelle le nombre de projets évoqués, depuis le tout début :

-        Prends une douche, je reviens tout de suite !  Je vais me doucher chez moi !

Et moi de t’attendre toute la nuit, épiant le moindre bruit de cette maison vide encore.  Et moi de me questionner, de t’envoyer des messages sans réponses, et moi et moi et moi comme dit la chanson.

J’ai besoin d’un homme à mes côtés, d’une épaule, une vraie, de bras qui m’enlacent, pas seulement pour une étreinte furtive, ça, tu trouves partout, un cul n’est qu’un cul et tu as encore tout ton charme pour accéder à satisfaire tes désirs charnels.  D’ailleurs, même si mon cul arrive encore à t’intéresser ou à te troubler, ce n’est que cette partie de mon anatomie qui est, potentiellement, un instant, attirante.  Le reste de ma personnalité n’est qu’accessoire et pratique.  Je voudrais pouvoir apaiser les rapports que tu entretiens avec ta mère, rapports presque qu’incestueux et surtout très malsains, rapports qui t’ont déjà ramenés à la maison, notre maison, en pleurs, en rage, en dégoût profond, mais rapports dont tu ne peux te passer, au point d’y revenir sans cesse, au point de n’être pas apte à assimiler que tu vis ta vie chez toi, soit ailleurs que chez elle.  Elle est ton centre, elle reste ton centre, je serai, je resterai dans l’ombre qu’elle veut me faire, et elle le fait très bien.

En partant, l’autre dimanche, tu m’as dit que je devais arrêter mes crises de jalousie à son sujet.

Je n’ai pas de jalousie vis-à-vis d’elle.  Je vous plains seulement de ne pouvoir développer d’autres rapports que ceux que vous entretenez à grand renfort de Chéri, Chérie, Maman d’amour, surtout, ne quitte pas l’autre vieille hein !  Elle peut nous servir à tous les deux, à tous les trois, parce que ta sœur, tu l’as fait souffrir aussi hein, faut réparer… 

Tu n’auras jamais assez de toute une vie pour rembourser toutes les dettes affectives et autres que l’on te colle aux fesses.  Ce jeu est sans fin, si tu n’y mets pas fin toi-même.

D’ailleurs, à propos de tes fesses, j’ai bien vu qu’elles avaient fondu, je me doute que tu entres à nouveau dans la négligence de toi, dans ton propre désamour, non, dans ton sale désamour.

Je voudrais sortir de ce cercle infernal, cesser de t’aimer.  Je dois absolument cesser de t’aimer et j’ignore comment y arriver.  

Là, tu as un beau mot de ton doc, mais sera-t-il suivi d’actions ?  As-tu envie d’actions ?

Six mois déjà que je tente de t’y amener, six mois d’espoirs déçus.  Combien de temps vais-je encore survivre à autant de déceptions ?  Je ne sais.  J’ai seulement l’impression de pleurer toutes mes peines et angoisses de cette dernière année passée, perdue.  Année d’enfer.  Si je meurs demain, j’irai au moins tout de suite au ciel, l’enfer, c’est ici que je l’aurai vécu, ça ne pourra pas être pire ailleurs, il n’y aura que du soulagement.

Pourquoi mon amour doit-il toujours être déçu ?  Sans doute que je ne mérite pas mieux.

Je ne pourrai pas t’aimer encore longtemps, il y aura une phase de rejet total et de haine, incontournable.  Je ne tiens plus, trop d’amour détruit l’amour…

samedi 27 avril 2013

Nos brèves rencontres m’ont fait du bien.  Je suis arrivée à occuper le fils.  Seulement triste que tu me dises que quand il serait là, tu y serais aussi.  Encore une fois, ce n’est pas moi qui entre en compte, mais je ne jalouserai jamais mon fils.  Et j’admets qu’il est irrésistible.

Par contre, je repensais à ce dont j’ai parlé hier, au sujet de ta maman.  Au rôle qu’elle a joué dans tout ça.

Y a-t-il une seule fois où elle t’a envoyé un SMS commençant par « Si tu as le temps ?  Si ça ne vous dérange pas ? ».  Je parie que cela n’est jamais arrivé.  Par contre, avec ses autres enfants, elle prend des gants, mais pas pour toi, toi et ton éventuel couple en formation, c’est du rien du tout, c’est du « Bonjour ma Chérie ! »  « Tu sais que je t’aime toi ! », « Tu sais que Dam est une merde ? »  « Non, tu ne le savais pas, mais je te le dis ».  « Attends-toi à ce qu’il te quitte, il n’a jamais su rester avec personne qu’avec moi… ».  « Il a un gros problème tu sais ».  « Je sais qu’il te quittera, comme les autres ! ».  « Il va encore revenir à la maison », « Normal !  Ne te fais pas d’illusions ».  « Il est comme ça ! »…

Ça veut dire qu’elle t’a modelé comme ça, qu’elle maîtrise tellement bien ta situation que tu n’as aucune chance d’en sortir, elle te maîtrise, et c’est son honneur qui est en jeu.  Qu’importe qu’elle m’écrase comme une merde, qu’elle m’ignore tout en déclamant ses « Ma chérie, j’adore ton fils ! »  Ouais, mais toi t’es une merde, tu essaies de me prendre mon fils « adoré », mais attention hein, il est tox, et j’en ai souffert, si tu savais, et ma fille aussi.  Il ne s’en sortira jamais tu sais, tu peux faire tout ce que tu veux.  Sous-entendu, il m’appartient, il est mon jouet, mon défouloir.  Il me doit sa vie et il a fait de ma vie un merdier, comme pour ma fille et pour mon second mari aussi d’ailleurs, c’est un pilleur de comptes bancaires (bon, sur ce coup là, elle n’a pas forcément tort), mais je tiens bon, je continue à t’accorder ma confiance.

J’imagine tes doutes, tes envies, surtout l’envie de fermer les yeux, d’oublier ce conflit dont tu es le centre, ce choix qui s’impose à toi et qui se précise : vivre ou mourir ?  C’en est à ce niveau…

Lundi matin, je n’irai pas voir mon nouveau doc, je suivrai ton conseil, je prendrai RDV avec ta doc, et je lui dirai que nous sommes séparés, depuis deux semaines.  Le mensonge m’insupporte, et surtout, j’ai tellement honte de revenir au CHU, après janvier.  Je préfère payer plus cher et me plier à quelques jours durs.  J’assurerai le suivi avec ma psy du CHU.

Et toi ?

Toujours pas de réponse, toujours le silence, toujours le mutisme.  Je vis dans un monologue indestructible, j’espère seulement que tu as le courage de me lire sur papier, ce que tu ne fais pas autrement. 

Non, jamais de réponse, jamais de prise de position.  Et tantôt, quand tu m’as dit que tu n’arrivais pas à ouvrir tes sacs poubelle, j’ai eu envie de te dire de les ramener, que nous les ouvrions ensemble, puis, je me suis encore vue, ce matin, avec le fils au magasin, et d’autres couples, qui arrivent à partager le quotidien.  Le partage entre nous est un challenge qui ne s’est pas réalisé.  Les corvées pour l’une, le confort pour l’autre.

Je vis dans un espace empli de tristesse et de colère, avec des mains de femme seule qui assume tout, et qui attend seulement que sa santé la laisse partir, gentiment.  Qu’est-ce que j’en ai envie !  Quitter la scène !  Si cela arrivait, je suis sûre que l’on me mènerait au pinacle du style, de l’engagement, sache que j’en rirai gentiment, depuis là-bas.  Il n’y a que de l’hypocrisie après un départ.  Pire, il n’y a que l’hypocrisie déjà du vivant…

Je t’aime et je vais en mourir.  Quelle belle sortie !  Mourir d’amour…

Bon, ça suffit pour aujourd’hui.  J’ai fermé toutes les issues, et mon GSM.  J’ai encore proposé une machine de linge, à 17 h.   Sans réponse, même si sa mère ne gère pas, ne veut plus que profiter de la situation et attend, sous peu, qu’il replonge…  Il lui faut son échappatoire, son dérivatif, et ça marche vachement bien…  Cool !!!  Bravo !

Effectivement, j’ai les mains abimées, elle, elle a du vernis à ongles bien brillant.  Dam me l’a fait remarquer, tantôt, que mes mains étaient très moches.  Désolée chéri, moi je bosse !  Moi, je bêche mon futur potager, j’en chie…  Je défriche.  Elle, elle se teint les cheveux, elle, elle…  Et moi…  Moi je suis une merde…

Que demain ne voie pas le jour…

 

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