06/05/2013

Zosio (14)

Bon, double dosage d’antidépresseurs, on dirait que ça porte !

Samedi un peu flou et trop arrosé.  Puis, fin de journée, je file sa paie du jour à Dam : 50 €.  De quoi tenir jusqu’aux feuilles de paie du boulot, puis, quelques SMS plus tard, je reçois un message venant de lui, qui ne m’est pas destiné :

-        Tu passes quand à la maison ?

Là, je pète un câble !  Je sais ce que représente ce genre d’échanges en langage tox.  C’est de toute évidence l’attente d’une « livraison » à domicile !

J’enrage !  Dès qu’il a un peu de liquide, il fonce directement dans sa merde !  Je quitte la scène, je coupe mon GSM, non sans lui avoir exprimé mon sentiment quand même.  Bref, il termine m’annonçant qu’il m’expliquera, qu’il y a quiproquo… 

Quand il arrive, dimanche matin, il me sert une version plausible : il a filé son GSM à un pote qui devait envoyer un message, et ce message est parti sur mon n°, par erreur.  Mais ce n’était pas lui !

J’ai horreur des SMS télégraphiques, et comme je fonctionne avec une carte prépayée (Dam aussi) et que bien souvent, comme nous n’avons droit qu’à 4 sonneries, les frais d’appels deviennent vite conséquents, alors les messages remplacent trop souvent la voix.

Je lui accorde le bénéfice du doute.

Encore un peu de plafonnage, de démontage de ma « cuisine » temporaire, bref, le living est un chantier, à nouveau.  Mais ça ira mieux bientôt. 

Puis, l’après-midi, nous sommes de garde au boulot, des fois que d’éventuels visiteurs passeraient…

OK !  Ils viennent : 9 personnes, et le Dam il les tient pendant deux heures à leur expliquer notre métier, nos objectifs professionnels.  Moi, je glandouille gentiment, je veille de loin.  Les deux autres heures de garde nous les passons sur la terrasse, une bonne bière à portée des lèvres, nous parlons, nous rions, nous nous amusons, l’air est léger à aspirer.

Nous repassons par la maison, raconter la dernière aventure de notre collègue, le jeune, celui qui se vautre dans le stupre et la putréfaction, il a fait un sinistre total aux petites heures de dimanche, 1.8 gramme d’alcool dans le sang, blessant son passager, et abîmant une haie et une Mercedes.  Cool !  ça puait, ça devait arriver.  Ça aurait pu être pire.  24 ans, sa voiture à rembourser pendant encore 18 mois, plus les frais occasionnés aux autres, ben, ça offre un bel avenir à ce jeune connard qui se croit irrésistible avec son crâne rasé, ses 109 kg et son gros bide…  Le truc classique, soirée d’anniversaire jusqu’à 3 h 30 du matin, puis, au moment d’aller dormir, le père de la gamine que l’on fêtait ce soir-là, lui propose une virée en boîte, et c’est reparti !  Il y aura peut-être encore un peu de chair fraîche à tripoter en fin de nuit ?  Je n’arrive toujours pas à comprendre de telles imprudences, une telle désinvolture.

Un truc, cependant, se passe au niveau affectif, nous arrivons à exprimer des sentiments avec des mots, et nous apprécions de passer des moments ensemble, dans une forme d’harmonie, celle que nous entretenions avant de déraper dans la vie commune.  Il est grave, mais je suis grave aussi.  Et comme dit mon grand frère, l’amour ne suffit pas pour qu’un couple fonctionne.  La vie commune est très difficile à réussir.

Lundi, pleine de bonnes résolutions, je termine mon plafonnage derrière l’évier, et je me lance dans un grand nettoyage de la buanderie et des kots et le WC du rez-de-chaussée, même la cour !

Tout ça en buvant de l’eau et des jus de fruits, sans manque, sans énervement.  Il n’y a rien d’intéressant à ingurgiter à la maison, donc, je tiens bon !  Puis, prendre soin de moi, je dois pouvoir sortir sans bottes et bas, le Yéti doit passer par la machine torturante !  Et puis, surtout, j’ai un rendez-vous à 16 h, au garage !  Oui, enfin les pneus d’été !

Alors, le Dam, il passe me saluer ce soir ?  Comme il veut.  Hier, en partant, il m’a annoncé sa visite, je lui ai rappelé qu’à la fin de sa journée, je serais au garage.  Je l’ai informé de mon retour à la maison.  Alors qu’importe qu’il passe ou pas, je ne dois plus m’arrêter à ça.  J’ai fixé mes objectifs et surtout, mes limites en ce qui concerne nos conventions. 

Mais aussi…

J’avais promis à mon grand frère de rechercher le dossier concernant la fin tragique de ma sœur, son aimée.  Et je l’ai retrouvé !  Et l’attente, au garage, m’a permis de relire une grande partie de ces échanges de mails, quotidiens, pendant plus d’une année après le drame, avec son veuf.

Au départ, je ne voulais pas relire ces textes, pensant que j’aurais mieux fait de les brûler et laisser mourir cette histoire, fatalement déroutante.  Mais j’ai plongé dans la lecture. 

Une foule de souvenirs remontent en moi, des sentiments exprimés avec mes mots, percutants.  Si je suis sortie de tout ça et de ce qui a suivi, je dois pouvoir encore m’en sortir cette fois-ci.  Je prépare mon départ à l’assuétude lundi prochain, je me conditionne, je tente de franchir les premiers pas, seule.

Mais comment ai-je pu être autant aveuglée, naïve, confiante.  Je compte sur mon grand frère pour relire tout ça, en interprétant, avec un autre œil, indépendant, ces mots jetés sur des feuilles.  De temps en temps, j’ai shooté dans la termitière, j’ai protégé mes parents, j’ai même fait intervenir la police pour virer mon beau-frère de la maison de mes parents.

Tous ces souvenirs refont surface…  Et les sentiments d’alors également.  Et toujours aucun regret au sujet de mes coups de gueule.  C’est bien vrai que je n’y ai pas été avec le dos de la cuillère.  Il en sera ainsi jusqu’au bout de ma vie.  Je dois être une femme autoritaire, mais pas desséchée pour autant, j’éprouve beaucoup de sentiments, et j’en attends beaucoup, mais je m’en tiens, généralement à une ligne de conduite, malgré tout ce qu’on pourrait croire…

Zut, demain au bureau, j’emmène mon dossier pour en continuer la lecture.  Mais aussi ma déclaration d’impôts !  Et celle du fils.  Faudra bien combler une journée de merde, vide à en pleurer.

J’ai posé un geste symbolique ce WE, devant Dam.  Il me restait un fond de plâtre à étaler, et devant les toilettes du rez-de-chaussée, un jour de l’hiver dernier, il y avait inscrit, sur les blocs de béton, peints en kaki, en grand : M. + Dam = un cœur dessiné.  Et à chaque fois que j’utilisais ces toilettes, les larmes me montaient, je devais effacer ces traces stériles.  Je l’ai fait, devant ses yeux, lui exprimant pourquoi je me devais de le faire… Effacer les traces, reprendre à zéro la vie que je croyais avoir quittée.  Oublier les espoirs d’assistance partagée…

 

18:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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