12/05/2013

Zosio (15)

 

Frénésie de travail !

La cuisine est arrivée mercredi, fin de matinée.  J’ai donc pris un jour de récupération, obligée de vider tous mes meubles d’attente, de les sortir dans la cour, et tenter de libérer de l’espace.

Puis, l’envahissement des piles énormes de boîtes à outils, du menuisier, les meubles, les tablettes, les accessoires…  Je ne savais plus où j’en étais.  Je tournais telle une toupille, dans tous les sens, sans plus savoir quel sens était le meilleur…

J’ai donc entrepris de trier et ranger (enfin), le kot à outil.  Après l’appentis du jardin, c’est un bon sport de tenter de retrouver ses trucs à leur place !  Un grand tri s’imposait, et j’ai, ainsi, pu encore trouver des accessoires de Dam.  Zou !  Dehors !  D’abord nettoyer avant d’éventuellement repartir, à zéro…

Casser les anciens meubles, les mettre à mesure pour que les panneaux entrent dans ma micro voiture afin de les déverser au parc à containers, trier bois et métal, gravas, cartons, frigolite et autres encombrants.

Je n’en suis pas restée là, j’ai aussi repris l’entretien de la cave, mauvaise cave chauffée par tous les tuyaux qui relient la chaudière aux radiateurs, tuyaux que je devrais isoler.  Tous les matériaux sont là, il me manque le courage…  Mais j’ai remonté des tonnes de terre, celle qui a été enlevée pour creuser la trappe d’urgence où poser la pompe pour quand l’eau monte…  Remplir des sacs, des seaux, que je suis à même de porter.  Parce que c’est bien beau, mais le Dam, il remplit des mannes intransportables qui restent sur place.  Alors, je dois diviser par 5 ou par 10 afin de débarrasser le plancher…

Puis, il me faut attendre qu’une place de parking se libère devant ma porte de côté, déplacer la voiture qui est au hallage, remplir l’espace arrière, me blesser les doigts avec les clous dépassant des planches arrachées.  Charger dans l’ordre de déchargement au parc à containers.

Et le menuisier, homme surréaliste, taiseux et individualiste, s’affaire au montage, coupe, retaille, ajuste, mesure, jusqu’à des heures indues…  Non, je ne mange même plus !  Plus le temps !  Je bois de la bière, ça me cale le ventre !

Au moins 10 heures de travail le premier jour.  Je tombe comme une loque dans les plumes.  Je lui filé la clé pour demain matin, il dort sur son bateau, à quelques kilomètres d’ici, il a des insomnies, il travaille n’importe quand.  Alors, liberté absolue de reprendre le chantier demain, jour férié…

7 h 30…  J’entends déjà les machines tourner, malgré mes boules quiès.  Déjà que tatie m’a fait la gueule hier soir parce que pas de repas servi, et en plus, il sera réveillé par les travaux qui continuent !  Bien évidemment, il a été de très mauvaise humeur au petit matin…

Dam est venu de bonne heure aussi.  Il aurait tellement aimé pouvoir travailler avec le menuisier.  Mais non !  Le menuisier est habitué à bosser seul !  Dam en bave devant ses machines professionnelles !

Alors, je lui trouve des petits trucs à terminer, histoire d’avancer quand même sans être dans les pieds du professionnel qui opère, sans juron, avec une patience d’ange, dans une pièce en trapèze !

Je balaie le living et la terrasse, sans cesse recouverts de copeaux de bois, je me fais manœuvre discrète.

Et l’envoi, pratiquement journalier, de mes messages au Dam.  Qu’il lit, qu’il entend.  Décidément, il aura fallu en revenir au message écrit, imprimé, pour être entendue.  Il m’en parle, parfois, il revient sur certains points de mes mots.  C’est sûr, nous ne savons pas où nous sommes dans notre relation.  Seul le chemin à parcourir nous saute aux yeux.  Mais le parcours sera individuel.  Si retrouvailles il doit y avoir, ce sera plus tard, bien plus tard.  Cela n’empêche pas l’affection profonde que nous nous portons l’un l’autre.  Son affection pour le fils, qu’il ne cesse de manifester, et par laquelle il cherche à me rassurer, pour « l’avenir » sans moi.

Jeudi soir, le menuisier a terminé la première partie du montage de la cuisine.  Mais rien n’est raccordé, sauf le four.  J’ai un évier, mais pas l’eau, des taques de cuisson, mais pas en fonction.

J’ai profité d’une plage horaire pour jardiner.  Mes mains sont indescriptibles d’horreur : noircies par la terre sur de multiples blessures de peaux arrachées avec mes dents, peau cassée par le plâtre du plafonnage, ongles noirs.

Vendredi, je tente de ranger, et surtout, de nettoyer le living !  Quel challenge !  J’ai rendez-vous avec ma psy à 16 h.  Mais le fils ne rentre de ses jeux olympiques des handicapés qu’à 19 h !  J’ai deux grosses heures à tuer en l’attendant (ma psy reçoit à deux kms de l’institut du fils).  Je vais en profiter pour lire, me plonger dans cet échange de mails entre le beauf et moi, pendant plus d’une année après l’assassinat de ma sœur.  Et ce que je lis me replonge dans mon histoire, étalée, dans les prémices de ce qui s’est passé, pour moi, l’année suivante.  Si tout cela était écrit, j’aurais pu le voir, je le ressentais, mais je croyais pouvoir le résoudre.  Je croyais que l’amour serait le plus fort. 

En fait, l’amour est une faiblesse, une faiblesse intense, alors que c’est la force que nous y venons chercher, que nous pensons y trouver.

Ma psy apprend ma rupture avec Dam et comprend mon désarroi par rapport au travail effectué en janvier, ce fameux travail de mise en confiance dans une relation.  Je lui apprends ma décision de sevrage alcoolique.  Il en était déjà question avant mon passage au CHU.

Mes amis s’étonnent de mon besoin de sortir de là.  Ils n’arrivent pas à me reconnaître comme une personne « addict ».  Mais l’addiction alcoolique n’est pas seulement réelle lorsqu’elle se manifeste par des comas éthyliques, elle a de multiples formes, et ce n’est pas parce qu’on arrive à faire diversion que le besoin n’est pas là…

Bref, elle me suit depuis tellement longtemps, elle connait le fils, elle comprend mon choix d’un CHR pour ma cure, et déplore le manque de disponibilité du service dans lequel elle travaille, au CHU. 

Elle me conseille d’acheter un tirelire, et d’y placer, chaque fois que je résisterai à l’envie, la somme d’argent de mon casier de bière, histoire de me gonfler mon petit pactole qui servira à m’échapper, l’histoire d’un WE, seule, dans un projet qui n’appartiendra qu’à moi, qui me ressourcera, qui me changera de l’isolement en psychiatrie qui n’est qu’un retour aux sources, un retour au cocon, cocon consolateur.

Puisque personne ne prend soin de moi, je dois le faire moi-même, prendre l’initiative, et partir, décrocher du stress ambiant.

Je dois prendre soin de moi, moi-même.  Et je m’en retrouve au système Dam : je ne peux aimer, parce que je suis incapable de m’aimer moi-même pour prendre soin de moi.  A la différence que je crois être capable de donner tout mon amour, mais qu’il m’est difficile d’en recevoir en retour.  En tous cas, pas dans la mesure où j’en donne.

Mais tout cela est relatif !

Je reçois beaucoup d’affection de mes très peu nombreux amis.  Et cela me va droit au cœur.  La différence se passe entre les définitions suivantes : « affection » et « amour »…

 

11:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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