23/05/2013

Zosio (23)

 

Seconde réunion AA.  Je suis retournée dans le même groupe que la semaine dernière, les gens sont sympas, il y a beaucoup de femmes de tous les âges, mais surtout des femmes mûres, et cette gamine toute mimi, qui a débarqué en même temps que moi, en fait elle a quand même 31 ans !  Je suis  stupéfaite de l’entendre expliquer jusqu’où elle a été, et pas avec du léger hein !  Non, du lourd de chez lourd, dès le matin.  Elle a bien du mal à supporter ses soins qui se prolongent et se prolongeront très longtemps (des mois) dans l’unité de psychiatrie.  Mais elle était déjà mieux cette semaine, je pense que les réunions l’aident à accepter l’état de fait.  Son grand regret, qui nous concerne tous, est de ne plus pouvoir aller s’attabler à une terrasse de café pour déguster un bon truc qu’on n’a pas l’habitude de consommer chez soi.  Non, plus rien, le premier appellera le suivant, et tout sera à recommencer, et la rechute risque d’être encore plus profonde que l’état initial de la première cure.

Je suis passée dans le service d’assuétude, c’était mon infirmière préférée qui était de garde.  Nous avons bavardé, je lui ai demandé quelles étaient les disponibilités actuelles, pour Dam.  En fait, sur quatre chambres, seules deux sont occupées, et personne n’est inscrit ou en attente pour les prochains jours.  Elle m’indique la marche à suivre pour pouvoir réintégrer le service.

Dès le matin, j’en parle à Dam :

-        Tu dois téléphoner à telle heure, à tel numéro et demander Madame Machin.

-        Si tu peux entrer tout de suite, je te conduis à 16 h, après le boulot, tu prends ton aprem pour préparer ta valise.

-        Non, je préfère entrer lundi et y passer la semaine.

-        Oui, mais d’ici lundi, il se pourrait que des urgences débarquent et reportent bien loin ton sevrage.

-        Mais je rappelle demain, pour retenir une chambre, mais pour lundi.

Et je sens son stress, ses hésitations, sa peur est palpable.

Et je lui prépare une petite lettre :

 

« Encore une lettre à l’homme que j’aime, à l’homme que j’ai envie de réconforter, parce qu’il me semble qu’il dégage un stress important, actuellement.  Acculé devant une échéance, qui, même si la décision est prise, provoque la peur et l’indécision.

 

Tu sais, les derniers jours avant de partir, j’étais complètement paniquée, et avant, déjà bien avant, je n’osais pas prendre la décision de me prendre en mains.  Et tu sais ce qui me paniquait le plus ?  Ne plus pouvoir, jamais, partager une bonne bière avec personne.  Savoir que mon abus m’avait amenée à une privation totale et complète si je voulais guérir de la maladie du « jamais assez ».  Et il s’agit d’une maladie, connue et même reconnue par l’OMS, par l’INAMI.  S’il existe des structures d’aide, c’est parce que cette putain de maladie est incurable.  Elle se soigne au jour le jour, et heureusement, à notre stade, n’aura pas laissé trop de traces quant à notre santé physique.

 

Tout ça, pour te dire, te rappeler, que je serai à tes côtés quand tu le souhaiteras, pour t’aider à mettre un pied devant l’autre, mais aussi pour te botter le cul si la peur prend le dessus, si tu abandonnes avant même d’essayer.  Mais je ressens ta peur, ta décision et ton indécision, ton cul entre deux chaises, ta vie entre deux foyers…

 

J’ai confiance en toi. 

 

À ta différence, quand j’angoisse devant une décision, je préfère provoquer, anticiper, accélérer les processus.  Plus vite c’est fait, plus vite je pourrai passer à autre chose et cesser l’angoisse que me provoque le choix entre ceci et cela. 

 

J’apprends à vivre en acceptant ce que je ne peux changer, en tentant d’améliorer ce qui peut l’être, m’assurant ainsi un plus grand confort de vie avec moi-même.

 

Je n’ai plus envie de me terrer dans mon trou, je désire à nouveau retrouver des contacts sociaux, donner un sens à ma nouvelle vie qu’il me reste à construire, jour après jour.  Je retrouve du sens à mes actions, je ne me sens plus larve morveuse et pleurnicharde.  Je m’étonne de lever la main aux réunions pour donner mon avis, pour prendre la parole.  Je m’étonne d’être écoutée, d’amener des pistes de réflexion, je m’étonne de m’exprimer, sans complexe, et de suivre des conversations des autres sans m’évader dans ma tête et sans m’extraire du groupe.

 

Rappelle-toi seulement où tu en étais l’an dernier, à la même époque, et regarde le chemin déjà parcouru.  Tu n’es plus tout seul, et tu vas encore étoffer le cercle des gens qui te sont nécessaires pour continuer la route.

 

Malheureusement, la vie n’est pas un conte de fée, et gagner au lotto n’est pas source de bien-être, seulement source d’euphorie passagère.

 

Je reste à tes côtés… »

 

Il passe dans mon antre, peu de temps après, et me dit :

-        C’est tout à fait vrai ta lettre !

Et oui, il y a l’envie, et il y a l’action, et entre les deux, il y a l’hésitation…

C’est une nouvelle vie qui naît, c’est une autre manière de définir nos relations, qui sont au mieux pour l’instant.  Sa cure de « retour chez maman » lui a bien ouvert les yeux sur sa vie « avant » moi, et la vie « avec » moi.  Et les deux ne sont pas compatibles.  Il est devant des choix décisifs, des choix qu’il ne peut plus repousser.  Maintenant, c’est « action » !

 

Commentaires

je lis ton billet... et je suis profondément touchée..
au fond, peu importe la maladie dont on souffre, il faut du courage, un fameux courage pour décider de se soigner, pour tenir bon sur la durée
Courage à toi Zoisio, ce que j'ai lu ici, la façon dont tu t’exprimes me montre que tu es qqun de bien, de très bien...capable d'aimer...

Écrit par : Coumarine | 23/05/2013

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Merci pour ton très encourageant commentaire. Je sais que tu connais aussi la vie avec une maladie, et que tu fais aussi un chemin, et du chemin à parcourir, au lieu de regarder ce qu'on a perdu, il vaut mieux se concentrer sur ce qu'on a gardé.
Courage aussi à toi, réapprend, ose, faut qu'elle roule l'auto ! Avec toi au volant...

Écrit par : Zosio | 24/05/2013

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