20/06/2013

Zosio (38)

 

Journée d’horreur !

 

Déjà cet écoulement intarissable des yeux durant toute la journée, le passage obligé au supermarché voisin pour quelques indispensables courses, et la caissière qui me dit :

 

-          Vous êtes seule aujourd’hui ?

 

A qui faisait-elle allusion ?  Au fils ou à Dam ?  Mes yeux se mouillent à nouveau…

 

Retour maison : le papé et « l’homme de métier » dans mon living, assis à ma table, se torchant, l’un au pastis, l’autre au vin rouge.  Les poivrots sont à la fête.  Le papé, il l’aime bien le M.  Et le M, il m’aime aussi, trop bien !  Je suis gavée de sa drague à 5 balles !  De ses attentions qui ne sont qu’invitations.

 

-          Comment ça va ?

 

-          Ça va !

 

-          Mais on dirait que non, t’es sûre que ça va ?

 

Putain, lâche-moi la grappe !  J’ai envie d’être seule, de ne pas parler, je peux être chez moi et enfin faire ce que je veux ?  Non, pas possible, faut que je supporte les asticots qui me bouffent.  Je file dans le jardin.  M dit sans arrêt qu’il va partir, il est déjà 17 h.  Je ramasse des cailloux qui gênent pour le passage de la tondeuse, je fais le tour des travaux du jour, j’étudie ma nouvelle machine multi-outils, je bricole à droite et à gauche, M me suit, me parle sans arrêt, tente d’être intelligent, mais il est nul de chez nul : il m’a collé des plinthes autour d’une arcade, mais sans onglets !  Il n’a pas utilisé une machine qui lui aurait été plus que précieuse pour redresser certains endroits, il m’a fichu une crochet pour les rideaux qu’à la seule force de mes petits doigts, je retire du mur, cheville comprise…  Non, je ne suis pas contente de son travail, c’est salopé ! 

 

Et encore une annonce de son départ, et encore une proposition du papé de se servir un autre canon de rouge, et encore un ballon plein.  Le papé, avec son pastaga et ses joints, l’autre complètement bourré. 

 

J’ai allumé mon pc, mais je ne sais pas m’y installer, à côté d’eux. 

 

Je sais, ils voudraient que je vienne me mettre à table avec eux et parler pour ne rien dire, ils ne savent déjà plus ce qu’ils racontent, ne trouvent plus leurs mots.  C’en est trop pour moi aujourd’hui. 

 

J’avais annoncé à Dam mon intention de me rendre à la réunion AA ce soir, le départ étant prévu à 19 h, s’il voulait y participer, il pouvait profiter du lift.  Refus poli, ajoutant qu’il avait autre chose (détail que je ne veux pas savoir, oui ou non me suffit comme réponse).  Je lui ai encore rappelé que j’attendais mon radiateur (oui, c’est obsessionnel).  Mais en fin de compte, je suis trop mal ce soir pour rencontrer ces braves gens, je vais m’effondrer en larmes tout le temps.  Je m’excuse via sms à l’un des membres.

 

Plus de 18 h.  J’enrage, je tourne comme un lion en cage.  M est toujours à mon cul partout où je me déplace, pour voir si je vais bien…

 

Je finis par lui dire au revoir, je vais prendre une douche…

 

-          Tu seras sans doute parti quand j’aurai fini…

 

Une rapide bise qu’il voudrait plus insistante.  Il colle de sueurs, de chaleur et d’alcool…  Non, vraiment !  Je suis dans le profond dégoût !

 

Une longue douche plus tard, il est toujours là.  Je vais lire dans ma chambre, dernier havre d’intimité et de solitude.  Et ça traîne, ça dure.  Régulièrement, je vais contrôler à ma fenêtre : sa voiture est toujours là.  Je décide de regarder un DVD que je viens d’acheter récemment, avec Julia Roberts « Prie, aime ( ?) et un troisième terme », un genre de comédie romantique, tout ce qu’il me faut pour faire couler encore plus mes yeux.  Tiens, c’est étrange, en vieillissant, avec ses longs cheveux, à de nombreuses reprises, elle m’a fait penser à Dalida avec son sourire énorme et ses grandes dents.  Encore une qui a tout vécu avec passion et qui y a laissé sa vie remplie de vides.

 

Et M qui commence à m’appeler depuis le bas de la cage d’escaliers :

 

-          Tout va bien ?

 

-          Très bien !

 

-          Tu es sûre ?

 

-          Tout va parfaitement bien !

 

J’entends parler devant la maison, je regarde par la fenêtre : Dam !  Il est venu me rendre le radiateur.  M tente de le faire entrer, il est ivre mort.  Dam refuse poliment.  Je sens que M veut lui faire la morale à mon sujet.  J’ouvre la fenêtre et demande à Dam d’en profiter pour reprendre sa tondeuse à essence.  Il s’exécute, à contre cœur.

 

Je commence à bouillonner, je n’ai même pas mes clopes, et je ne peux pas descendre chez moi tant que l’autre y est encore.  Je ne sais pas manger, les soiffards squattent ma cuisine-living.  J’ai une tablette de chocolat, j’attaque.  Je voudrais mon pc, mes clopes, mes médicaments du soir, je ne fous plus les pieds chez moi, au rez-de-chaussée, ce soir !

 

Et M qui continue de m’appeler depuis le bas de la cage d’escaliers…  Pour tenter de me faire bouger, il cite même le nom de Dam.  Mais que tout cela est minable !  Quelle chance que je ne dispose pas de bière à la maison, parce que là, vraiment, je risquerais de céder à la tentation…

 

19 h sont passées, 19 h 15, 19 h 30, il est toujours là.  Peu avant 20 h, il vient encore m’appeler pour me dire au revoir.  Va te faire voir !  Je t’ai salué il y a un long moment !  Je lui crie juste :

 

-          Salut !

 

J’écoute son moteur démarrer, et dès qu’il a repris la route, je déboule dans mon living et je pète un câble sur le papé !

 

-          J’emplois M pour le travail, si tu en fais ton pote, tu le reçois chez toi, et chez toi, c’est là !  De l’autre côté du hall, dans ton studio !  Quand je rentre du boulot, je veux la paix, je suis ici chez moi, et c’est à moi de décider qui j’invite à ma table !  Alors, quand il dit qu’il part, tu le guides vers la sortie au lieu de lui proposer de boire et boire encore.  Vos conversations ne m’intéressent pas du tout, et je n’ai pas envie de passer ma soirée avec deux ivrognes !  Sur ce, bonne nuit !

 

-          C’est ça, c’est encore de ma faute…

 

Déjà lundi, le papé l’avait invité à souper à la maison.  Ben tiens !  J’ai vite contourné le truc, rappelant que sa femme et ses enfants l’attendaient certainement…

 

J’en tremblais de rage !  J’ai avalé mes médocs, et j’y ai ajouté 20 gouttes d’anxiolytique, un flacon que maman n’avait pas eu l’occasion de terminer avant de mourir.

 

Et j’ai pleuré, pleuré…  Pourquoi donc ne me respecte-t-on pas ?  Pourquoi n’ai-je pas droit à mon intimité, pourquoi doit-on toujours me marcher sur les pieds, sur les jambes, sur le corps, sur la tête ?

 

Déjà pour Dam, mais aussi pour les autres, les barrières de classes sociales sont plus hautes que l’Everest, infranchissables…

 

Je suis née dans un milieu ouvrier de par mon père, mais ma mère, qui nous a élevés, provenait d’une certaine bourgeoisie, et nous a élevés avec cet esprit de respect, de fierté de soi, d’indépendance.  Même si je me défends de coller des étiquettes, si je veux offrir aux gens l’occasion de faire leurs preuves, quand la preuve est faite que le marquage social est réel, je devrais, immédiatement, mettre de la distance entre eux et moi.  Même si cette réflexion semble très « radicale », je dois me résoudre à l’admettre et la mettre en pratique avant de disparaitre, de faire fi de ma propre intégrité…

 

12:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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