03/08/2013

Zosio (56)

 

Fini le stage !!!  Quel soulagement.  D’année en année, j’éprouve de plus en plus de stress à gérer ce déferlement d’étudiants.  Il faut dire que Patron nous met la pression tant et plus.

 

Les deux derniers jours ont été assez éprouvants.  D’abord une excursion vers différents sites qui parlent de notre domaine de prédilection, alors, en route, à quatre véhicules tous complets, sur les routes de Wallonie.  L’idiot du village avait, évidemment, Dam à son bord, avec la petite putain, qui était justement revenue alors qu’elle a terminé son stage, mais elle ne sait pas décoller, tant qu’elle n’a pas obtenu ce qu’elle cherche, et elle ne l’a pas encore eu hier soir…  Dam a un peu traîné en soirée, mais a quitté le campement à 20 h, assurant qu’il revenait…  Je connais, je connais…  Une autre hystérique était de la troupe, avec eux, elles échangeaient leurs places à chaque arrêt, pour se partager son « aile » droite…  Comme c’est mignon.  Un collègue ouvrier complétait la voiture.  Et ça hurlait, ça dansait, la voiture tanguait, ils étaient hilares et bruyants…

 

Je n’ai pas pris part à la grimpette sur les rochers envahis de ronces, ce n’est plus de mon âge, et l’état de mon genoux soutenu par ma nouvelle genouillère n’en aurait pas voulu.  Je me suis contentée de mon rôle de spectatrice distante.

 

L’idiot du village ne supportait pas que je roule devant lui, alors, il poussait sa charrette pour me dépasser.  N’empêche que dans les petites routes empruntées, il ne parvenait pas à me suivre.  Et au retour, malgré son dépassement, j’ai encore trouvé la route la plus rapide, et nous sommes arrivés avant lui !

 

Aujourd’hui, sous la canicule, la journée a été consacrée au rangement.  Je m’y suis appliquée, et à 16 h, j’ai fait signe de loin à tout le monde et je suis partie.  Dam était seul dans une pièce, je l’ai soigneusement ignoré.  Je suis débarrassée de sa vue pendant un mois !  Que du bonheur !

 

Mercredi soir, j’ai participé à la réunion des AA.  Toujours un moment de détente, et en sortant, nous avons croisé une infirmière de l’assuétude avec laquelle j’ai eu l’occasion de discuter une soirée.  C’est comique, elle ne nous reconnaissait pas immédiatement, même si c’était il y a peu.  Il a fallu lui apporter quelques détails sur notre séjour (nous étions deux à l’avoir côtoyée).  C’est mon sourire qui lui a permis de remettre ses souvenirs en place.

 

Elle était très contente de nous revoir, et expliquait pourquoi elle ne pouvait pas nous reconnaître instantanément : nous avons tellement changé !  Nous sommes redevenues des « FEMMES », nous prenons soin de nous, nous sommes fières d’être là, de vivre !

 

A deux, nous continuons longtemps de parler après le départ des autres.  Je lui raconte mes « mésaventures » avec Dam, qu’elle a eu également dans le service.  Elle me dit qu’entre eux, le personnel sait prévoir qui s’en sortira et qui recommencera, elle me parle de son métier ingrat, des fouilles qu’elle effectue dans les valises des patients.  Dam aurait été pris avec ses comprimés cachés dans son sac.  Il en aurait résulté une expulsion immédiate.  Je lui relate son absence de suivi, alors qu’il en est à sa troisième cure.  Elle sait, et me confirme ce que je croyais : avant de reprendre un patient, ils s’assurent qu’il a vraiment fait le maximum, qu’il a été à ses rendez-vous d’après cure.  Dans le cas contraire, il doit attendre, ou même, risque d'être refusé d’accès à l’assuétude.  Et lui qui criait au scandale parce qu’on ne le gardait pas le jour où il avait décidé de prendre ses « congés », elle connait ça, c’est fréquent.  Beaucoup d’autres que lui procèdent de la même manière.  Deux des infirmiers que nous avons connus ont changé de service.  L’écoute des patients est lourde à porter.  D’autant que les intoxiqués présentent toujours leurs problèmes de vie comme cause de leur dépendance, et n’ayons pas peur d’en rajouter surtout !

 

Elle est étonnée de constater que je ne suis pas « marquée » comme les autres.  Habituellement, même très longtemps après un sevrage alcoolique, des résidus restent gravés sur les visages, indélébiles…  Sans doute cela est-il dû au fait que je sois intervenue tôt afin de régler le problème.

 

Ces personnes ont contribué à mon mieux-être.  Je leur suis infiniment reconnaissante de m’avoir évité la douleur, de m’avoir épaulée, d’avoir été présentes et discrètes.  Et la meilleure façon de leur marquer notre gratitude est de nous montrer, de les rencontrer, de leur parler, maintenant, après…  Raconter notre vie « sans », être félicitées, encouragées à poursuivre.  Tout cela contribue à notre force, à notre volonté de vivre chaque jour avec pour seule volonté de « ne pas boire le premier verre », jour après jour, sans nous propulser dans un avenir lointain, sans prononcer les grands mots comme « jamais ».

 

Et oui, je sais maintenant m’attarder à parler avec des personnes qui en valent la peine, mais je ne perds plus mon temps à écouter les losers.

 

12:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Non seulement tu es redevenue "femme" mais en plus, "femme libérée" : libérée de l'addiction, de la dépendance et de l'emprise. Et ça, c'est super bien pour toi ! Par contre, par rapport à Dam, je sens encore comme une pointe de jalousie... et là, la libération n'est pas aussi évidente... Enfin, si je puis me permettre ce commentaire... C'est sûrement pas un jugement ou un autre truc à la con du style, hein... juste une impression... D'autant que je connais toutes les ambiguités de ce genre de situation...

Écrit par : Un homme | 06/08/2013

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Bien sûr que tu peux te permettre ce commentaire ! Et c'est une évidence que je n'ai pas encore digéré son départ, et que ma jalousie envers "l'autre" est encore présente, et je crois légitime pour autant que je repense au Dam qui se construisait avec moi, mais quand je vois le Dam qu'il redevient, qu'il est redevenu, elle ne devrait plus tenir longtemps ma jalousie et va très vite se transformer en soulagement d'être sortie de cette supercherie lamentable.

Écrit par : Zosio | 06/08/2013

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Je découvre ton blog après avoir vu ton commentaire chez moi et je te remercie d' être passée. Cela me permet de connaître un peu l' univers qui est le tien.
Comme chaque fois que je croise des chemins difficiles , je suis émue (vive zémue !!!). Je reviendrai te voir, Zozio!

Écrit par : Pierrot Bâton | 07/08/2013

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Et oui, moi aussi je voyage de blog en blog, je me constitue ma "bibliothèque" de personnalités qui me séduisent par leurs mots, c'est ma manière de côtoyer, malgré tout, des vivants.
Bonne journée et merci de ton passage !

Écrit par : Zosio | 08/08/2013

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