12/08/2013

Zosio (58)

 

Bilan d’un WE de vacances

 

Vous avez dit « fêtes médiévales » ?  Effectivement.  Je ne connais pas ce type de manifestation, je vois qu’il en existe de plus en plus, je sais que les étudiants du stage sont très friands de ces déguisements au point que l’un de mes collègues s’est marié sous ce thème : tout le monde déguisé, et des animations à gogo toujours dans la lignée du moyen-âge et dans le cadre d’un château médiéval, comme il se doit.  C’est un peu le carnaval en plein été quoi !

 

Je fais la connaissance de la « moitié » de mon frère, une parisienne, femme d’âge mûr (plus mûre que moi quoi), Kabyle d’origine, hyper soignée, sophistiquée.  Ils se voient de moins en moins, rompent, se réconcilient, bref, elle est très jalouse de son engouement pour ma défunte sœur, et pour sa nouvelle fratrie choisie avec moi.

 

Lorsque je me présente et durant 24 heures, elle me toise, elle me snobe, elle marque son territoire.  Pour bien s’imposer, elle est venue avec sa sœur et trois de ses neveux et nièces.

 

Puis, il y a la fouine, une ancienne comparse d’école, de l’époque de l’idylle entre ma sœur et mon nouveau frère.  La fouine était amoureuse de lui, elle faisait partie de la même secte religieuse.  Elle lui avait avoué son amour qui fut rejeté pour cause de cœur épris pour ma sœur.  Elle a vécu avec sa frustration.  Ils se sont côtoyés seulement quelques mois dans le cadre scolaire, puis, se sont totalement perdus de vue.  Elle a fait sa vie.  S’est mariée dans le cadre strict de la secte, le mariage fut bref et n’eut pas de fruit.  Elle est partie à l’étranger, de l’autre côté de l’atlantique et a vécu là-bas pendant plus de 20 ans.  Elle y enseignait le français dans un pays anglophone, vivant seule…

 

Un beau jour de l’an dernier, sa charge de travail ne parvenant plus à subvenir à ses besoins, elle décide de rentrer en Belgique.  Elle n’y a plus aucune famille, aucun point de chute.  Evidemment, elle fait des recherches sur mon frère et le retrouve.  Et comme il est bonne poire, il l’accueille à Paris.  Il vivait alors chez sa moitié, sa maison en Belgique n’était pas terminée.  Et voilà la fouine qui débarque, qui s’installe dans un hôtel.  Mais les frais sont élevés.  Elle pensait trouver du boulot rapidement, son grand savoir devait lui permettre de remonter en selle rapidement.

 

La maison de mon frère devient habitable, il quitte sa moitié physiquement et s’approprie son autonomie, enfin !  La fouine le suit, c’est l’histoire de quelques semaines, deux, trois ?  Huit mois plus tard, elle est installée dans le loft et n’a pas l’intention d’en bouger !  Lorsque je viens, c’est elle qui me reçoit, c’est elle qui précède tous les gestes de mon frère (qui fulmine), c’est elle qui se la joue maîtresse de maison, et surtout, elle cultive l’art de ne pas trouver d’autre alternative…  Mon frère a donc décidé d’aménager son garage en studio à lui louer, histoire de pouvoir profiter, enfin, de son intimité, chez lui.  Elle est toujours amoureuse de lui, ça n’a pas changé depuis l’adolescence, et même si ma sœur n’est plus dans le coup, il n’en veut toujours pas.  Est-il besoin de préciser qu’elle n’a rien de charmant, ni au niveau physique, ni au niveau comportemental ?  Tolérance zéro, humour zéro, et son savoir, son éternel savoir qu’elle ne peut s’empêcher de jeter à la figure de tout le monde, interrompant chaque conversation, imposant son point de vue, présente à chaque instant, incapable de se retirer dans sa chambre du rez-de-chaussée tant que mon frère n’est pas couché, elle serait à la limite d’aller le border avant de quitter le loft, pour bien s’assurer qu’il n’y a plus rien à faire pour lui rendre la vie douce, parce qu’elle estime qu’elle doit s’occuper de lui comme une infirmière, comme une mère invasive, comme une geisha… Elle est étouffante !

 

J’entre dans l’arène !  Même pas peur !  Je n’ai rien à prouver, je ne viens pas concurrencer ni l’une, ni l’autre.  Je viens voir mon frère de cœur, il m’a invitée pour festoyer et passer du temps ensemble à rire, à parler, à refaire le passé puisque l’avenir est incertain.

 

Je m’installe dans le futur studio, j’ai mon matelas gonflable, laissant ainsi le lit de la chambre d’amis à la fouine qui y a ses habitudes.  Pourtant, mon frère aimerait bien la faire dormir ailleurs de temps en temps, qu’elle comprenne bien la destination de cette chambre, qu’il a le droit de recevoir des amis chez lui, que sa présence devait être temporaire et qu’il entend bien mener son existence sans elle !

 

Nous voici donc à déambuler dans le marché artisanal, la moitié agrippant mon frère par la main, régulièrement, pour éviter qu’il ne m’approche, pour afficher qu’il lui appartient.  Elle râle sur tout.  Trop de ceci, pas assez de cela…  On se demande pourquoi elle participe.  Elle devrait se contenter de faire du shopping à Paris !  Elle est friquée, elle a longtemps « travaillé » comme escort girl de luxe, elle fait vibrer les biftons devant le nez de mon frère qui commence à boire le bouillon après une longue période faste durant laquelle il était écrivain prolixe, journaliste, producteur d’émissions, acteur au théâtre, et accessoirement, mari d’une actrice à succès (à l’époque).

 

Avant de nous rendre au concert de musique médiévale sauce rock (très chouette d’ailleurs, même si d’un morceau à l’autre, on ne trouve pas de différence significative), puis du traditionnel feu d’artifice, un ami de mon frère arrive, avec son fils de 24 ans.  Un chouette mec, bientôt 50 ans, bien dans ses baskets, tafeur de joints et buveur de bières fortes.  Joli garçon, marqué par l’âge, mais encore beau.  Bref, le genre qui me donnerait envie d’aller plus loin dans la découverte.  Il a un métier qui le passionne, encore dans le milieu artistique, et a des projets qu’il souhaite développer.  Son passage en province, dans la ville d’origine de son père, lui permettra d’établir des contacts avec les politiques régionaux, amis de mon frère, pour fixer des liens d’expansion.  Une réunion est organisée sur le champ entre les trois hommes.  Nous restons entre femmes, chacune le nez dans un magazine.  Notre fil conducteur, mon frère, ne nous réunissant pas, momentanément.  La fouine tente encore de capter l’attention par sa culture, mais elle n’occupe que la nièce de la « moitié » en lui apprenant l’accent anglais et les chiffres.

 

Bien sûr, la moitié va se plaindre de vivre chaque année le même concert, le même feu d’artifice, de manger le même sandwich au cochon grillé, d’être mal assise, de risquer de se trouver sous une pluie de cendres, voire de braises, lors du feu d’artifice, elle râle quoi ! 

 

Mon frère lui rappelle qu’elle connait bien le déroulement de ces soirées, et que si elle n’aime pas, elle n’était pas contrainte d’y participer.  La fouine, par contre, en est à sa première participation, tout comme moi.  Puis elle le suit comme un docile petit chien. 

 

Je sais que je suis observée, testée…  La fouine me demande, alors que les deux sœurs achètent des produits de beauté naturels à un stand, où j’achète mes produits de beauté. 

 

-        Dans les grandes surfaces !

 

-        Oh !  Ma peau est trop fragile, j’ai essayé une fois, et le résultat a été désastreux…

 

Non, je ne lui réponds pas que même avec ses produits de luxe, le résultat est désastreux.  Je vois de suite que je descends encore d’un cran dans son éventuelle estime.  J’adore ce type de réponse.  Ça me rappelle le soir où un thon qui se veut "artiste" au chômage m'a demandé ce que je faisais dans la vie, je ne pouvais être qu'une artiste aussi, évidemment, et m'étaler sur mon génie non reconnu, mais je lui ai dit que j'étais femme d'ouvrage !  Elle a quitté le canapé pour aller discuter avec des gens plus intéressants que moi, et je me retenais de rire, sans pour autant me priver d'un grand sourire béat.  

 

Les deux sœurs aussi parlaient beaucoup de leurs produits de beauté, surtout des marques.  Bon, je prends quand même soin de moi, mais dans les limites de mon budget, et  sans ostentation.

 

J’adore choquer !  Surtout quand je suis en ligne de mire dans ce que certaines imaginent une course à l’HOMME.  Je ne course personne, je me laisse porter par le temps qui passe, jouissant de chaque bon moment qui s’offre à moi…

 

En rentrant au loft, nous nous installons dans les profonds fauteuils du salon en coin.  Je garde un large espace entre mon frère et moi, les « femmes » sont en face, elles veillent.  Nous parlons avec l’ami (Y), soudain, frérot nous lance :

 

-        Vous devriez parler ensemble, je le sens bien, je vous verrais bien tous les deux, plus proches !

 

C’est ça garçon !  Tu joues les entremetteurs maintenant ?  OK, ils ont bien éclusé, et personnellement, j’ai fumé deux petits pétards, légers, des feuilles de la culture du jardin, des branches cassées par l’orage.  Juste ce qu’il fallait pour être un peu étourdie dans un milieu aviné.  Juste assez pour capter la musique au mieux, avoir un peu d’écho.

 

« Y » fait remarquer qu’il est parfaitement heureux en ménage, et je balaie la proposition d’une boutade.

 

J’apprendrai, le dimanche matin, qu’il a un passé de tox, au lourd, très lourd.  Il a failli y rester avant de se reprendre en mains.  Oh là !!!  Feu orange clignotant !  Feu rouge allumé.  Deux raisons pour ne pas m’attarder ! 

 

Mais pourquoi mon choix se porte-t-il, spontanément, sur des personnes troubles ?

 

Et puis, mon frère a envie d’être seul chez lui, les femmes partent donc sur un autre marché médiéval, de l’autre côté du cours d’eau.  Ballade entre nous, lui offrant une plage de paix durant laquelle il prend ses pinceaux et œuvre à la finition du studio de la fouine.  La moitié vient directement près de moi, elle doit m’entretenir de son appréhension pour son couple, de la haine qu’elle ressent pour ma sœur, de l’inquiétude que mon apparition lui occasionne.  Comment ça, il a une sœur maintenant ?  Pourquoi a-t-il besoin de ça ?  D’où sort-elle ?  Pourquoi se met-il à pleurer une morte qu’il n’a plus vue pendant 45 ans ?  Et elle ?  Elle existe !  Elle est vivante, elle vit avec lui depuis 6 ans, même s’ils ont chacun leur « chez soi ».  Elle est l’officielle !  Il en est ainsi et cela doit rester ainsi !

 

Je la réconforte, lui assurant que dès que nous aurons fini le bouquin, tout rentrera dans l’ordre.  Que le côté dramatique de l’assassinat de ma sœur donne une ampleur démesurée aux sentiments qu’il éprouve.

 

Elle est très frustrée à l’idée que nous partions tous les deux, trois jours dans le Pas de Calais.  D’abord, c’est parce que j’en ai besoin, je dois me remettre en selle pour reprendre ma plume.  Je dois souffler, faire le vide après une année de claques.  C’est mon initiative personnelle, il a émis le souhait de m’accompagner, parce que lui aussi a envie de faire le vide, et surtout, parce que nous menons le même projet.  Mais en femme scorpion (elle me le dit tout de go), elle se défendra, elle n’accepte pas que l’on marche sur ses plates-bandes !  Elle dira ce qu’elle en pense !

 

Me voilà prévenue !

 

Non, elle ne m’impressionne pas, et surtout, je suis droite dans mes bottes !

 

C’est comique, elle n’a pas fait vibrer ses biftons devant moi !  Sans doute a-t-elle compris que je n’étais pas à vendre ?

 

Elle démarre donc sur le cas de la fouine.  Je la conforte dans sa piètre opinion, j’abonde dans son sens.

 

Peu après, les deux sœurs décident d’acheter des frites pour les enfants.  L’attente est longue.  La fouine traverse la route pour parler avec des locaux qu’elle a rencontrés par l’intermédiaire de mon frère.  Du coup, la moitié se déplace aussi, laissant sa sœur attendre les snacks.  C’est elle la légitime, elle a ses habitudes dans la ville, elle les connait tous !  C’est à elle qu’ils doivent parler !  Elle s’en réjouira, peu après, avec moi, me clamant tous les compliments qu’ils lui ont lancés, au sujet de sa beauté, de la couleur de son t-shirt, de tout et de n’importe quoi.  C’est elle qu’ils apprécient, pas la fouine !

 

Je suis spectatrice d’un grand cirque.  La tragédie humaine se déroule devant mes yeux.  Une cour de femmes mûres autour d’un homme qui ne sait plus où donner de la tête, qui ne voudrait plus que la fuite, qui est épris d’une morte, la seule qui ne peut plus lui pomper l’air…

 

Et je continue de sourire béatement…

 

De retour au loft, mon frère me demande comment ça s’est passé, je lui explique, discrètement.  C’est bien ce qu’il pensait.  Il m’a même dit que sa moitié voulait venir avec nous durant les trois jours au Pas de Calais.  Il sait qu’il devra encore batailler pour avoir un minimum de droits individuels, d’autonomie, de choix de vie…  Les biftons n’achètent pas tout…

 

Je quitte cette douce assemblée pour rentrer dans mon chantier.

 

 

 

En arrivant à la maison, mon GSM sonne: c’est mon amie française, qui habite à quelques kilomètres de mon frère, de l’autre côté de la frontière.  Elle est à Anvers chez son mec pour apprendre le flamand en cours intensifs pendant trois semaines.  Elle vient de se faire larguer parce que le jour de son arrivée chez lui, elle était morte crevée, et qu'elle a dit qu'elle s'endormirait dès qu'elle serait couchée.  Alors, pas de baise, t'es virée !  Comme ça !  Elle qui me disait combien elle était bien avec lui quand Dam m'a quittée pour de bon, pour m'encourager à croire encore que c'était possible, la revoilà dans une énième rupture...  Bon, je vais m'occuper d'elle quelque temps, l'aider à refaire surface...

 

Quelle fragilité affective pour les femmes ménopausées !!!!

 

Docteur, est-ce dû à la ménopause ?

 

11:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

J'aime beaucoup la façon dont tu écris. C'est très fluide, ça se lit tout seul.

Tu associes les mots avec talent !

C'est un plaisir de te lire.

Et puis, comme ça ne mange pas de pain : je t'aime ! :-)

P.-S. : Comme je ne pense pas avoir croisé d'autres fautes, signe que tu soignes l'orthographe ce qui est très agréable, je me permets de te signaler celle-ci : pas de 's' à 'quelque' dans "quelque temps".

Au plaisir.

Écrit par : Cédric | 14/08/2013

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Merci Cédric ! M'en vais réparer ma faute tout de suite, j'ignorais pour le quelque, faudra que j'arrive à le retenir sans quoi je risque de le répéter encore... Mais quelle langue compliquée ce français ! Rien que des exceptions !
Au plaisir aussi ! J'aime les commentaires comme le tien !

Écrit par : Zosio | 14/08/2013

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