06/10/2013

Zosio (70)

 

Rêve…

 

 

 

Encore une fois, j’étais en vacances.  C’est étrange je suis pratiquement toujours en vacances, en exode, ailleurs que chez moi quoi !  Et le plus souvent, le retour pose problème : lenteur des avions, des bateaux, marche à pieds ou ramping sur de très longues distances, et à chaque fois, je reviens dans une autre maison.  Il est vrai que j’ai tellement souvent déménagé…

 

Là, les vacances étaient sans importance, la route du retour non plus, mais c’est le retour qui était difficile.  Je rentrais dans la maison familiale après un séjour. 

 

Maman était fraîchement décédée, les vacances m’avaient permise de n’y pas penser, mais au retour…

 

J’imaginais que mes deux sœurs aînées allaient prendre l’ascendant sur moi, tentant de « remplacer » maman au niveau de l’autorité.  Déjà que je ne supportais pas l’autorité de maman, alors que dire de l’autorité que s’octroyaient mes sœurs dont l’aînée était le bras droit de maman.  Comme toujours, petit frère était inexistant.

 

Et je montais dans ma chambre, la mansarde perdue dans le grenier, la chambre ajoutée tardivement pour céder la mienne au petit frère. 

 

J’y retrouvais tous mes trucs, mon GSM, mon ordi (le passé et le présent ensemble), et je sombrais dans la mélancolie.  Alors, j’ai écrit une lettre à maman, je devais m’adresser à elle, lui dire combien son manque était puissant, combien je ne supporterais pas qu’une de mes sœurs tente de la remplacer, qu’elle était unique et le resterait à jamais.  Le constat était impitoyable !

 

Puis, je voulais vérifier que ma voiture était bien là, dans le garage.  Dans mes rêves, je ne retrouve jamais ma voiture à la maison familiale, on me la vole sans arrêt et je n’ai de cesse que de la remplacer.  Alors, je devais aller constater sa présence, mais je voulais surtout voir papa.  Papa a toujours eu l’habitude de se réfugier dans le garage, il y avait son atelier à l’étage, un endroit toujours parfaitement rangé et propre.  Il s’était même installé un petit poêle au bois pour y résister en hiver.  Et puis, surtout, papa était l’antithèse de maman, je me tournais toujours vers lui pour éviter la mère, lui rendant son rôle de « chef de famille ».  Cependant, maman le bafouait sans cesse et c’est moi qui m’en prenais plein la tronche…

 

Lorsque j’y suis entrée par la cour de la maison, la grande porte était ouverte vers la route, il me semble qu’il n’y avait aucune voiture, par contre, un canapé et un fauteuil tournés vers la lumière, et sur le canapé, ma sœur aînée avec ma lettre manuscrite sur un double feuillet de cahier ligné.  Quelques mots en rouge avaient été ajoutés sur la première feuille, je n’ai pu les décrypter, et je ne cherchais pas à savoir ce qui était inscrit.

 

Je me suis assise dans le fauteuil, et ma sœur m’a dit :

 

-        Cette lettre ira là-bas !

 

Elle voulait dire dans le cercueil de maman…

 

Cela signifiait surtout qu’elle savait que je ne supporterais pas le remplacement de maman par une autre personne, qu’elle l’acceptait, qu’elle me donnait, en quelque sorte, mon autonomie.

 

Voilà, à partir de là, je devrais construire ma vie sans barrière, avec mon chagrin et mon manque…

 

 

 

Et puis, accessoirement, le Dam.  Toujours aussi prévisible.  Quand je lui ai envoyé un SMS peu avant de partir à la réunion AA, comme prévu, j’ai reçu en réponse : « J’ai un imprévu, etc…. ».

 

Je combats mon côté mère à chaque instant.  Hier, je faisais des courses, j’ai visité notre magasin de chaussures, et je regardais les chaussures que je pourrais lui offrir…  Il est tellement négligé maintenant !  Et je devais me rappeler que je ne devais plus le materner, que c’était fini l’histoire qui reposait sur de fausses bases, qu’il avait une mère et une nana, même s’il parle déjà de la quitter pour rentrer chez sa maman où il passe, à nouveau, le plus clair de son temps, en dehors du bureau.

 

Et lors de ces courses lentes et curieuses, je me suis offert un magazine féminin, pas n’importe lequel, un exemplaire mensuel destiné aux quinquas et plus, avec des mannequins de nos âges, des articles de fond intéressants et non pas tournés autour de la beauté inaccessible des jeunettes de 20 ans, sans pour autant être politisé et rébarbatif.  Bref, un magazine qui me parle en tant que femme de 55 ans qui n’a pas encore décidé de passer le reste de sa vie à faire des confitures et à gaver ses petits-enfants de câlins !

 

Comique, quand j’ai commencé à écrire via la plateforme des blogs, je lisais beaucoup d’autres publications, et surtout les blogs des jeunes de l’âge de mon fils.  Le premier, le plus prenant, le plus beau (pour moi) était le blog d’EMI, cette petite française enfermée en cure de désintoxication, un blog d’une grande puissance, exutoire, suivi par une quantité d’anonymes !  Sa sortie « d’emprisonnement », sa « rémission » fut suivie d’un grand rassemblement à Bruxelles d’EMI et de ses lecteurs, j’en étais.

 

EMI a repris sa vie, elle a construit un autre blog, trop vite abandonné.  Elle a quitté la blogosphère et j’ignore si elle a tenu bon ou si elle a rechuté.  J’ai aussi suivi les blogs de ses jeunes amis, j’imaginais que cela aurait pu être la vie de mon fils s’il n’avait pas été gâché à la naissance par cette putain d’erreur médicale qui l’a rendu autiste.

 

Peu à peu, tous ces blogs se sont fermés, pour des raisons que j’ignore, sans doute la construction d’une vie réelle qui ne laisse plus de place au virtuel, ou la plongée dans une vie faite de doses de merde à s’enfiler pour tenter d’être « normaux » quelques heures par jours, comme le Dam.

 

Oui, je quitte doucement cet univers dans lequel j’ai tellement investi, histoire de combler le creux de ma propre existence.  Je n’y voyais que du vide alors que la vie d’une quinqua est pleine de richesses, de références, d’expériences.  Il suffit de lire les blogs des personnes de ma tranche d’âge.

 

Oui, j’ai franchi un pas important, j’ai pris pieds dans mon époque, dans ma contemporanéité.  Je vis mon âge, je m’intéresse, je découvre ce que la vie nous offre et nous a enlevé…  En pleine conscience !

 

10:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Euh... tu vas arrêter ton blog ?

Écrit par : Un homme | 06/10/2013

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Euh, j'ai bien peur que NON !
Et si je suis repérée par des "connaissances", j'en changerai comme je l'ai déjà fait plusieurs fois !

Écrit par : Zosio | 06/10/2013

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Complément de réponse: je quitte mon mode de fonctionnement maternel pour endosser mon mode de femme quinqua. Ceci n'implique pas la fin du blog que du contraire !

Écrit par : Zosio | 06/10/2013

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Heureux de l'apprendre :-) Suis un fan, moi :-)

Écrit par : Un homme | 06/10/2013

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Moi aussi je suis fan ! C'est dit ! :-)

Écrit par : Cédric | 09/10/2013

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Putain !!! Y' en a qu' ont des histoires ! Chapeau Zosio pour aller de l' avant comme tu le fais !
(Heu ....je suis une grand-mère qui fait des confitures mais je peux t'assurer que le grand bêta de 14 ans qu' est sous la douche depuis 20 minutes me rend pas gaga !!!!!!!!!!!!!!!!!!)

Écrit par : Pierrot Bâton | 24/10/2013

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Ah Pierrot ! Mais non tu n'es pas gaga ! La preuve, ton blog magnifique qui me fait bien rire !
J'utilise pas mal de clichés, mais il se pourrait que je fasse aussi des confitures l'an prochain, quand je récolterai mes premières fraises du jardin...
Et pour ton béta, coupe-lui l'eau ! Il doit être rincé maintenant....

Écrit par : Zosio | 24/10/2013

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