23/12/2013

Zosio (81)

 

Post partum c’est aussi pour moi.  Je ressens une plus grande fragilité n’ayant plus cet objectif d’écrire « pour de vrai ».  Comme nous nous le rappelons régulièrement aux réunions des AA, le premier verre n’est jamais très loin, c’est aussi pour cette raison que les « fêtes » m’agacent d’autant plus cette année.  J’ai tellement rencontré de personnes qui insistent lourdement pour « trinquer », et bien que je ne me cache pas d’être alcoolique abstinente, très peu respectent cette décision, et la phrase assassine tombe toujours à un moment :

 

  • Pour une fois, juste un verre !  Tu peux bien quand même !

 

Et bien non, justement, je ne peux pas, je ne veux pas, et je n’ai pas envie de devoir me justifier plus amplement devant des convives ivres.  Et lors de ces « réveillons », pas d’issue possible pour s’échapper discrètement, surtout si je suis loin de ma maison.  Les témoignages effrayants de rechutes me hantent, c’est comme si la personne tentait de rattraper tout le temps perdu dans la sobriété, c’est l’overdose assurée, l’une, après 14 ans est tombée dans le panneau.  Si sa fille ne l’avait pas trouvée au bout de 3 jours, elle en serait morte.  J’ai pris ma décision, je veux la conserver, je veux éviter le mal que me cause cette drogue.

 

J’ai dans mes réserves un mélange spécial fondue que je comptais utiliser pour un repas plus festif durant la semaine, avec mon fils et son père (le papé).  Il s’agit de vin aromatisé…  Finalement, ne sachant pas si ça me met en danger, j’ai opté pour une pierrade ! 

 

Et cette semaine écoulée m’a fait revivre aussi les derniers instants de papa, l’an dernier.  Le dernier adieu que j’ai eu le temps de lui accorder lorsqu’il était encore conscient et que nous ignorions l’état de gravité de son mal.  Hier était l’anniversaire de sa mise en terre, quatre mois après la disparition de maman qui fut moins brutale mais tellement plus douloureuse encore puisque consciente de l’issue elle subissait l’attente de la délivrance sans oser demander qu’on la provoque, elle s’est battue, elle était couverte d’œdèmes sur le visage, elle s’était fracturé le col du fémur, et nous l’assistions, impuissants, priant je ne sais qui pour la libérer de l’étouffement qu’un cœur à l’agonie lui infligeait.  Elle qui m’a tellement répété que la mort ne lui faisait pas peur, mais par contre la souffrance !  Elle qui, lorsqu’un prêtre lui a été proposé a encore eu la force de se rebiffer :

 

  • Je n’ai tué personne moi !  Je n’ai pas besoin de me confesser !

 

Alors, la présence du fils, son détachement de moi, à 35 ans, alors que je croyais que j’allais garder mon enfant dans l’enfance toute sa vie en raison de son handicap, et bien, je me sens comme sur une île déserte.

 

Tout le paysage familier est en transformation, je vis dans l’étonnement permanent.

 

J’ai entrepris mon chantier de fin d’année, pas un grand espace, mais une toute petite pièce : les toilettes du rez de chaussée…  D’après le modèle de support du rouleau de papier, son dernier décor date des années 70.  Alors, je sors la grosse artillerie, je ponce, je décape, je plafonne, je prépare les surfaces pour de nouvelles peintures, je remplace les accessoires, j’ai trouvé une lunette de WC sur le thème de New York, en hommage au 18 mois que le papé a vécu là-bas lorsque nous étions encore mariés, et le dérouleur de papier ainsi que la clenche en aluminium brossé.

 

Le fils m’assiste.  Il lui faut la ponceuse en main, il m’observe étendre le plâtre dont j’ai raté le mélange, d’abord trop dur, ensuite trop liquide, bref, j’ai perdu la main !  Alors que je m’en plaignais, il a souri et m’a caressé le flan quand je montais sur une chaise, en souriant.  Même s’il ne parle pas, il entend tout et comprend tout. 

 

Chaque jour il me montre son sac, celui qui revient et repart à l’institut, et je lui rappelle qu’il dort encore à la maison aujourd’hui, et encore pour plusieurs jours.

 

Nous passons nos soirées ensemble dans le living, je lui passe des CD, la radio est inaudible pour l’instant, même la publicité s’y est mise, Noël en chants, Noël en cadeaux, Noël en circulation routière, le gavage traditionnel.

 

Je connais ses goûts musicaux, alors, il passe par REM, par Radio Head, par une compilation de soul music, par Zazie, De Palmas, Michaël Jackson…  Mon frère de cœur lui a offert le dernier de Rihanna.  Il n’a pas encore assimilé mais il aime le rythme R&B.  Le volume est haut, il danse, il se balance…

 

22:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Tu es belle. :-)

Écrit par : Cédric | 24/12/2013

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Respect : c'est le premier mot qui me vient à l'esprit en te lisant. Respect pour tes combats, pour tes guerres de libération, pour ton courage. Bon Noël à toi.

Écrit par : Un homme à Zosio | 24/12/2013

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Merci HOMME et Cédric, mes seuls liens avec l'extérieur passent par ici en ces jours de "congés" ! Belle journée à vous deux !
Bises

Écrit par : Zosio | 24/12/2013

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ça faisait trop longtemps que je n'étais plus venue...
bises à toi!

Écrit par : Adrienne | 29/12/2013

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Merci Adrienne, je compatis à tes problèmes de nouvelle propriétaire ! L'année prochaine tout ira mieux !

Écrit par : Zosio | 30/12/2013

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C'est un billet, comment dire... ? serein malgré "tous les malgré", il sent la résistance et la renaissance, une sorte de paix qui me plaît... quelque chose dans ce goût-là, je ne saurais dire... c'est curieux, n'est-ce pas ?!
Oui, ils font ch... les gens avec leurs "verres" grrrr ! Perso, je bois à l'occaz et n'ai aucun souci avec l'alcool mais par exemple Fils Aîné ne boit pas du tout et jamais je ne l'inciterais à boire (ni lui ni personne d'autre), alors on trinque quand même... moi (et d'autres) avec de l'alcool et lui, avec ce qu'il veut (Coca, eau, peu importe) !
Courage pour les travaux... tu t'en sors au final ?
Zoubis xoxoxox

Écrit par : Khayaa | 31/12/2013

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