10/04/2014

Zosio (96)

Bouffées d’émotions !

Lorsque je repense à mon passé, il m’arrive de taper un nom dans l’espace « recherche d’amis » de fb.  Un nom cependant n’a jamais été retrouvé, nulle part !  Qu’était-il devenu mon amoureux de jeunesse, mon ange blond aux longs cheveux ?  Celui qui fit battre mon cœur et m’incita à ma première tentative de suicide ?  Celui qui a connu ses premiers émois avec moi, alors que j’étais encore balbutiante, n’ayant eu qu’un seul amant avant lui.

Il était beau, frondeur, de Bruxelles alors que moi je vivais dans ma campagne et, comme il disait, dans mes betteraves !  Nous étions dans la même école, nous prenions le même train, sur la ligne de Bruxelles-Namur.

Un amour fou et réciproque nous a atteints une première fois alors que j’allais fêter mes 15 ans.  Il a tout juste 11 mois de plus que moi.  Un truc indéfinissable nous unissait, comme les doigts de la main, avec une telle force qu’il a pris peur et m’a abandonnée après quelques semaines.  Nous passions outre les interdits, nous quittions l’école en passant par les caves et les anciennes classes de cordonnerie, nous nous enfouiions vers la citadelle, nous cachant derrière les grands murs de pierres, ne sachant plus nous décrocher l’un de l’autre.  C’était fou, absolument invasif, plus une seconde ne se passait sans qu’il soit dans ma tête.  Je l’aurais suivi en enfer…

J’ai pleuré, toutes les larmes de mon corps, et je ne voyais plus comment il me serait possible de vivre sans lui.  J’ai avalé toute une plaquette de médicaments.  La boîte était ornée d’une jolie tête de mort.  A 15 ans, on croit qu’il suffit de dépasser la dose prescrite pour mourir.

Maman s’en est rendue compte et a consulté le médecin de famille qui l’a rassurée.  Je ne risquais rien.  Le lendemain matin, j’ai dû le consulter, et reprendre les cours le surlendemain.

Nous prenions toujours le train ensemble au retour, avec nos autres amis, tous des bruxellois.  Je ne me plaçais plus en face de lui, mais en bout de banquette, plaisantant avec les autres, tous plus âgés que moi, et tous dragueurs finis aux gros sabots.

A l’automne de l’année scolaire suivante, notre histoire a recommencé.  Nous avions grandi, mais pas en sagesse.  Il venait me retrouver dans mon village, en mobylette, avec un de ses amis.  J’avais reçu une vieille moto du second mari de ma grand-mère : une Victoria, rose fade et jaune pisseux.  L’idéal pour aller faire du cross dans les chemins du remembrement, après la récolte des betteraves.  Dérapages à gogo, bains de boue, des « étrangers » au milieu de ma petite communauté rurale natale qui ne sont pas passés inaperçus, et comme de juste, ça a jasé.  Et ma mère en fut vite avertie.  Comment, celui qui avait failli faire mourir sa fille était de retour ?  Ce monstre osait revenir la pervertir ?

Nous avons donc rusé, et avec la complicité des amis de train, j’ai proféré les pires mensonges de ma vie pour aller le retrouver à Bruxelles et faire les 400 coups.  Il est issu d’une famille nombreuse et nantie.  Je crois qu’il y avait 6 enfants et il était le cinquième.  Les parents n’étaient jamais là, ou peu, et ne s’occupaient pas de leur progéniture laissée aux bons soins des « grands » qui avaient autre chose à faire que surveiller les petits.

Alors, les virées en mobylette boulevard du Souverain, entre les grands arbres, au milieu des feuilles mortes pour les dérapages, les ballades dans les bois aux alentours, la fabrication de bombes confectionnées avec de l’anti-herbe et du sucre impalpable, que nous faisions sauter à la nuit tombée pour jouir de l’effet, notre seule nuit passée dans son lit, à l’insu de ses parents, ma peur d’aller aux toilettes et de croiser l’un ou l’autre membre de la famille qui ne m’avait jamais vue, les soirées passée avec son ami Pierre, dans un appartement d’un luxe sans pareil occupé par sa seule belle-mère, son père vivant en Turquie pour ses affaires, et mes mensonges, mes histoires qui ne tenaient pas la route :

- Je rentre plus tard, ses parents nous ont invité, avec tous les autres, à manger au restaurant.  Je prendrai le dernier train, mais je rentre ce soir évidemment !

Maman avait dû battre en retraite, mais surveillait notre relation de près.  Comme nous nous aimions !

20:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

c'est fou, cette histoire!
(je lis en remaontant dans le temps ;-), trop longtemps que je n'étais pas venue chez toi)

Écrit par : Adrienne | 17/04/2014

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Et oui, c'était fou, c'était le goût de la passion, l'amour sans concession, le premier amour sans restriction, sans conditionnement, l'instinctif, peut-être le seul vrai avant de tomber dans le "non, plus comme ça, moins comme ça, plus comme l'autre, moins comme celui-ci...".
Boum boum dit le coeur qui bat...

Écrit par : Zosio | 17/04/2014

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J'adore et j'en ai les larmes aux yeux.
Ce que ça fait du bien de lire tout ça!!

Écrit par : Angèle | 01/05/2014

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Je crois me souvenir d'un de tes billets qui parlait d'une envie de retrouver, aussi, et d'une histoire belle avec une fin de film triste.
Mais qu'est-ce qu'on peut être con quand on est jeune !!!

Écrit par : Zosio | 01/05/2014

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Ouais, on est con... mais c'est bon d'être con comme ça, ça fait des souvenirs pour quand on est vieux (et toujours con^^).

Écrit par : Angèle | 02/05/2014

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Ah, c'est bien vrai ! Si l'histoire (la tienne et la mienne) s'était terminée par un "on ne s'aime plus", on l'aurais rangée loin dans les souvenirs qu'on n'évoquerait même plus ! Alors que là... on peut se traiter de cons !!!! Et c'est bien vrai qu'on peut être con parfois...

Écrit par : Zosio | 02/05/2014

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