30/04/2014

Zosio (99)

C’est la course constante, tellement de charges actuellement, celles que j’aime, celles qui correspondent à des obligations que je me fixe.  Le besoin de lever le pied se fait sentir, et je vais le faire, dans une grosse semaine, je m’arrêterai pour une quinzaine professionnellement parlant.  Ça ne signifie pas le repos, mais le loisir d’entreprendre selon mon envie du moment.  Et aussi mon escapade en Provence durant 4 jours.

 

Je suis descendue de mon nuage, il n’est pas indiqué de rêver.  Non, ce n’est pas à 56 ans qu’on recommence tout à zéro, ça c’est pour les films et je ne veux pas me faire de film, d’ailleurs le zéro n’existe pas, il est immatériel, intouchable, inabordable.  Et l’histoire est tracée, elle est derrière.  J’ai des acquis que je ne veux pas perdre.  Je ne peux faire comme mon neveu et disparaître pour un ailleurs qui risque surtout de ne pas être meilleur.  Alors je fais avec ce que j’ai !  Et j’ai de moins en moins…  De temps d’abord, mais ça c’est valable pour tout le monde.  D’argent, et là j’ai eu une frayeur, ma carte a été refusée à la caisse d’un magasin !  C’est quoi ça ?  « solde insuffisant » ?  On rigole là ?  Et c’était vrai !  Je n’arrive plus à boucler un mois !  OK, en début d’année on a été diminué de 77 € nets par mois, mais quand même !  Plus qu’une solution : augmenter la participation de papy !  Il me l’a tout de suite proposé, même plus que ce que j’envisageais de lui demander.  Alors, maintenant il s’acquittera d’une participation pour services rendus (nettoyage des communs, lessives, déplacements multiples nécessaires au garnissage du frigo et des placards), bref, une participation plus équitable et une rétribution de mon travail qui jusqu’alors lui était offert gracieusement.

 

Il n’empêche, ça fait mal, je vais devoir me serrer la ceinture…

 

Et puis, pour changer de registre et me distraire d’une trop longue solitude sentimentale, je m’offre les services d’un sex toy humain de 38 ans !  Zut à la fin, depuis le temps que le Dam me tanne en me reluquant les fesses, j’ai cédé !  La chair est faible…  Mais j’ai immédiatement mis les points sur les i : pas de sentiment, pas de vie commune envisageable, non, rien que du plaisir physique de temps à autre.  Je suis célibataire, il l’est également, et ça ne doit pas changer (pour moi en tous cas).  Arrangement à l’amiable, et surprise au bout du compte : le plaisir n’est plus au rendez-vous !  Est-ce dû à ma sobriété ?  A l’absence de sentiment amoureux ?  Aux deux ?  Même plus moyen de m’envoyer en l’air ! 

 

En attendant, je vais consulter un ostéopathe, marre de mes douleurs articulaires !  J’ai du boulot qui m’attend moi !  Je ne suis pas prête à entrer au home, pas maintenant !  L’homme de la maison c’est moi, j’assume.  Mais je suis la femme aussi, et là, j’ai peut-être un double emploi envahissant.  Ah comme j’aimerais déléguer cette charge ritournelle quotidienne pour me consacrer à la création, à l’aménagement, au travail considéré comme lourd et qui provoque une bonne fatigue physique.  Mais non, il faut sans arrêt interrompre pour des balivernes : cuisiner,  s’occuper des animaux, nettoyer, ranger, trier, laver, repasser, coudre…

 

Dans ma prochaine vie je veux être mâle…

08:33 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

15/04/2014

Zosio (98)

Google je te remercie !

Lui, il l’a retrouvé, et j’ai su tout de suite que c’était lui !  Son métier d’art y est inscrit en toutes lettres.

Un premier mail plutôt neutre, de prise de contact lui est envoyé, et tout de suite, une réponse inespérée, un cri de joie, et une question : lui avais-je pardonné ?

Oh il me craignait, il croyait que j’étais en colère.  Son épouse me connait, elle a entendu parler de moi, sans doute que notre escapade en camping sauvage le temps d’une nuit a marqué sa famille au point que tout le monde sache et en parle.  Et il y a notre attachement réciproque qui est resté intact depuis 37 ans. 

Si, j’accepte son invitation, je vais lui rendre visite, dans un mois, en Provence où il vit et exerce sa profession depuis son retour de 5 années au Canada dans les années 80.  Il a deux grands enfants, il est heureux en ménage, il parait que sa femme est géniale, échange de photos d’hier et d’aujourd’hui.  Il était déjà très beau lorsque je l’ai rencontré, mais c’est pire encore aujourd’hui, le temps n’a pas de prise sur lui, et mis à part ses cheveux blancs (il était tout blond dans le passé), il resplendit et a conservé un corps et un port magnifique…

Oui, j’ai trouvé un homme normal !  Donc il en existe, mais ils sont mariés et heureux en ménage et se préservent des petites vieilles qui ont raté leur vie une fois, deux fois, trois fois, un nombre incalculable de fois au point d’être devenue des célibataires chroniques.

J’ai tout faux et ça remonte très loin dans le temps.  Il faut réussir du premier coup ou passer son tour à vie.

Je suis très impatiente de le retrouver, il est très impatient de me revoir.  Il fait partie de ma vie, comme je fais partie de la sienne.  Il m’admire beaucoup et nous restons en contact chaque jour, il m’appelle au téléphone, il est soulagé de comprendre enfin que je ne lui en ai jamais voulu, que je n’ai rien à lui pardonner.  Nous étions des enfants, nous nous sommes aimés intensément.  Nous avons été séparés.  Il a réalisé sa vie, il y a trouvé son bonheur.  J’ai réalisé la mienne, j’y ai trouvé quelques plages de bonheur, quelques chaos, lui non plus n’a certainement pas été épargné des soucis, mais il a tenu sur la distance et m’a déjà avoué qu’il n’avait pas profité de son atout charme et beauté, c’est donc qu’il est heureux en ménage et je mets un point d’honneur à ne pas porter atteinte à cette sérénité qu’il vit.

 

En conclusion, s’il en fallait une, je voudrais dire qu’il ne faut jamais hésiter à rechercher les personnes qui ont compté dans notre vie, simplement pour pouvoir leur dire qu’elles ont compté et qu’elles comptent encore.

Et puis, envie de dire à la jeune génération, celle qui en est aux premiers amours sincères, qu’elle vit un grand moment de son existence, qu’il est précieux, c’est un joyau à préserver.  Peut-être les parents d’aujourd’hui sont-ils plus respectueux des émois de leur progéniture qu’à mon époque.  Je l’espère de tout cœur.

Et encore, il faut parler, exprimer ses sentiments, prendre confiance en soi, ne pas se laisser bouffer par les complexes, oser parler de ses ressentis sincères.

 

Et cela me ramène au roman que nous avons écrit mon grand frère et moi, cet hiver.  Il a cherché ma sœur trop tard, et je n’ai pas voulu qu’il soit trop tard pour moi retrouver mon amour de jeunesse, j’ai déjà perdu tellement d’amis auxquels je n’ai pu dire au revoir, je vous ai aimé, vous étiez mes amis.  A l’heure qu’il est, à l’âge que j’ai, c’était une démarche importante, voir indispensable pour moi.

17:49 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)

11/04/2014

Zosio (97)

Nous manquions beaucoup de liberté, surtout moi.  Entretenir une relation affective, n’ayant qu’un trajet de train à partager par jour, avec la bande de copains, on ne peut pas affirmer que c’est très épanouissant.  Et j’étais déjà très exigeante, alors une deuxième rupture survint à l’hiver.  Cette fois je ne voulais plus me suicider mais de colère, j’entamai le jour même une relation avec un garçon de ma classe.

Nous roulions toujours dans le même train, avec les mêmes potes.  Il me lançait des piques, je me faisais discrète, étant comme toutes les adolescentes complexées, très susceptible.  Ah si j’avais pu manipuler la dérision comme aujourd’hui !  Je suis maintenant ma meilleure cible pour l’ironie…

J’avais appris qu’il avait une nouvelle copine, une bruxelloise, ce qui lui laissait le loisir de la voir en soirée, le WE, alors que moi je traînais les pieds dans la boue en promenant mon chien dans les champs de betteraves, seule !

Je voulais accentuer encore la médisance à mon sujet au village.  Oui, j’étais solitaire et alors ?  Le vague à l’âme je me laissais séduire par l’un ou par l’autre, et je le jetais rapidement.  A chaque fois on pouvait penser que je m’assagissais, mais non, personne ne me procurait plus ce pincement au cœur tellement caractéristique.  Je souffrais d’un manque que je ne pouvais combler, avec personne, ou alors très fugitivement, le temps de la découverte.

Un dimanche soir de pentecôte, alors que j’avais atteint 16 ans, il est venu sonner à ma porte.  Il était avec son frère en chaise roulante, et un autre ami.  Il me proposait de les accompagner à leur campement sur un terrain de ses parents.  Ils y passaient le WE dans cet endroit éloigné de tout et introuvable.

Mes parents étant absents, je sautai dans la coccinelle orange et partis en leur compagnie.  J’avais emprunté la clé de la maison pour savoir rentrer tardivement.  Feu de camp, boîtes de cassoulet réchauffé sommairement, un vrai festin !  Et Phil rien que pour moi, nous ne savions nous arrêter de parler.  La complicité s’était réinstallée instantanément.  Ils me proposèrent de rester dormir avec eux, sous tente.  Bien sûr j’ai accepté !  Mais comme je ne voulais pas que mes parents s’inquiètent, je leur ai demandé d’aller déposer la clé dans la boîte aux lettres de la maison pendant que je restais avec mon ami, histoire que mes parents ne puissent m’interdire de profiter de ces moments magiques.

Nous nous sommes couchés côte à côte, et avons parlé toute la nuit.  Phil m’a parlé de sa copine, il ne voulait pas la tromper, et il ne l’a pas fait.  Mais rien que le fait de l’avoir à moi, si proche, me suffisait.  Je ne savais plus bouger de là, j’étais sur une autre planète.  Pas besoin de boire ni de fumer, rien que sa présence, son affection, sa douceur.  Il était tellement différent lorsque nous n’étions rien que deux.

Nous avons dû dormir un peu sur le matin, et lorsqu’enfin nous avons repris la route pour la maison, le jour était levé depuis longtemps.

L’accueil me glaça le sang !  La mère en crise, les sœurs et le copain de l’une d’elles en vadrouille sur toutes les petites routes, à me recherche, en mobylette.  Panique générale, le monstre s’était pointé et je l’avais suivi !  Pire, j’avais dormi avec eux, sans la permission qui m’aurait de toute évidence été refusée !  Je ne pouvais pas avoir des amies comme toutes les filles normales ?  Non, il me fallait toujours des copains, je ne supportais pas les fifilles à sa maman bien élevées et rougissantes à l’approche d’un jeune mâle en rut.

Le savon fut conséquent !  Menaces de me placer en « maison de correction », interdiction formelle de sortir de ma chambre, le gros scandale familial !

Papa s’était retiré dans son atelier, bricolant loin de la tempête.  La fenêtre de ma chambre donnait sur la cour où jouait mon petit frère.  Je l’ai pris comme complice pour glisser un courrier rédigé pour mon père, le suppliant d’assumer son rôle de père et de me défendre devant leurs projets monstrueux.

Au repas de midi, dans un silence sinistre, les mots ont commencé à voler bas…  Papa a pris la parole et a annoncé que nous allions partir tous les deux vivre en Turquie !  Tant qu’à faire le climat était à ce point malsain qu’il aurait profité de l’occasion pour se tirer.

Je voulais aller rejoindre là-bas l’ami de Phil qui avait été obligé de retrouver son père après le second divorce de ce dernier.  Nous étions restés correspondants, je conservais ainsi un lien « virtuel » avec Phil, par procuration.

Le reste du repas fut on ne peut plus silencieux.  Le père avait, pour une fois, émis une opinion.  La mère n’allait pas en rester là pour autant.

Elle est partie chez le bourgmestre, et avec l’aide de son épouse, elle a trouvé le numéro de téléphone des parents de Phil.

J’ignore le contenu de leur conversation, une chose est sûre, elle a su qu’ils ne m’avaient jamais vue, qu’ils ne savaient rien de moi !

Diable, j’étais trahie !

Et lui ?  Phil ?  Avait-il ramassé un savon et des menaces comme moi ?

Il allait me maudire, se moquer d’autant plus de moi et de la rigidité de mon éducation de bigote !

La honte totale !

De retour à l’école, j’ai modifié mes horaires de train, j’étais contrainte de suivre ma grande sœur comme un petit chien.  Elle travaillait à la faculté de Namur, le prétexte était tout trouvé.  Je m’y suis pliée et me suis faite toute petite le temps que se calme la tempête.

Lorsque nous nous croisions à l’école Phil et moi, nous nous lancions des œillades en coin.  J’y voyais toujours un semblant de sourire sarcastique, je redressais la tête et faisais front.

Nous ne nous sommes plus jamais adressé la parole depuis ce jour, et pendant trois ans.

En juin 1977, je terminais mes humanités.  Lui aussi.  Le dernier jour, je ne l’ai pas croisé.  Il me semble que j’aurais aimé lui dire au revoir, sachant que nos routes prenaient alors des directions différentes.  Rien qu’un mot, entendre une dernière fois sa voix…  Je suis remontée dans le train du retour le cœur lourd, je n’avais vu personne, même pas mes copains de classe…

20:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3)