02/12/2014

Zosio (116)

 

Pas envie de raconter mes râteaux successifs, alors j’ai pris le temps de vivre les événements au jour le jour, d’expérimenter, de m’endurcir, de tenter de comprendre, et soudain, mon amie Kat est venue m’assister pour ma seconde opération du canal carpien (hier) et comme je lui exposais mes rencontres et tous les points d’interrogations qu’elles soulevaient, elle a levé le voile sur une pratique qu’elle a elle-même expérimentée…

 

Deux cas typiques.  D’abord JM.  Croisé sur le site de rencontres.  Mon profil l’intéresse, il prend contact.  Je réponds et la conversation débute.  Il habite au-delà de Liège, son profil FB ne révélant qu’une photo (qui correspond) et les infos de base : originaire de Rennes, habitant Bruxelles…  Bon, pas de quoi fouetter un chat.  Il veut correspondre via le programme de conversation liant image et son, mais ne finit sa journée (import-export de matériel informatique) qu’après 22 h.  Etant encore en repos après ma première opération, j’en arrive à céder après de multiples refus à d’autres.  Mais l’image ne fonctionne pas, le son non plus, bref, c’est un vulgaire chat !  Il est séparé de la mère de sa fille.  Cette dernière a 16 ans et vit en France, ils se rencontrent via sky… tous les soirs avant qu’elle aille dormir…

 

Pour faire ma connaissance, il me pose des questions d’un intérêt évident : quelles sont mes couleurs préférées, qu’ai-je mangé au repas précédent, bref, ce qui va vraiment révéler ma personnalité.  Le chat dure des heures, je vois son crayon qui écrit, puis il se pose, puis il écrit à nouveau, puis se pose, puis écrit à nouveau, et entre chacune de mes lignes, il en écrit 5 ou 6.  Je lui fais très vite remarquer qu’il discute avec beaucoup de monde en même temps, mais ne relève pas l’allusion.  Vu que je découvre le programme de « dialogue », je ne me formalise pas.  Ne soyons pas suspicieuse tout le temps !

 

Au bout de deux semaines, il me propose une rencontre le dimanche suivant dans l’après-midi.  Bien sûr ses messages se terminent déjà par ses baisers langoureux et la manifestation de son désir impatient !

 

Le jeudi précédent, il m’informe de son départ imminent pour le Maroc.  Son frère y est décédé il y a quelques mois, et le notaire réclame sa présence de toute urgence.  Il part le vendredi.  Bien sûr, notre rendez-vous est compromis, mais il espère être de retour pour dimanche !

 

Il ne me parle pratiquement jamais de lui, de ce qu’il vit, même dans le moment, mais continue de me poser des questions sans intérêt.  Et oui, la composition de mes repas est un élément capital de ma personnalité !

 

Mais les administrations sont closes le WE, son séjour se prolongera au-delà de dimanche.

 

Et soudain, le samedi soir, ouvrant mon espace sur le site de rencontres, j’y découvre un message de sa part, presque en tous points identique à celui qui a conduit à notre prise de contact…

 

Mais c’est quoi ça ?  Je compare avec le premier message, non, il est un peu différent.  Je vérifie bien la date : effectivement, il date du jour.  Je lui envoie ma réponse via le site de rencontres, lui recommandant de noter sur un pense-bête les noms réels et les pseudos afin d’éviter ce type d’erreurs lamentables qui le trahissent !

 

Je reçois encore un mail dans ma boîte privée, toujours ce sirupeux « Ma douce » (tu parles d’une Douce, il ne me connait vraiment pas).  J’insiste pour qu’il me fournisse des détails sur son séjour au Maroc.  Sa réponse est édifiante : « le vol a duré autant d’heures, à mon arrivée j’ai été à l’hôtel, en soirée j’ai été chez ma belle-sœur qui m’a invité à dîner, elle avait préparé un couscous qui était délicieux, puis je suis rentré à mon hôtel ».  Mais tout cela est rempli d’imprévu !  C’est magnifique ce voyage !

 

Je suis très sèche dans mes réponses et lui conseille d’aller lire mon mail sur le site de rencontres.  Oh, ce n’est rien, m’écrit-il, c’est son premier message qui m’a été ré-envoyé par erreur, sans son intervention (of course).  Sur nos adresses mails privées j’insiste pour avoir plus de détails de son emploi du temps, et là, soudainement, il me dit qu’il va voir le notaire lundi pour les préparatifs du mariage !  Curieux, d’un décès et d’une succession on passe au mariage maintenant…  Sur le site de rencontres, très sèchement, je l’informe qu’il s’agit d’une nouvelle demande de prise de contact, et que la date est plus récente de deux semaines.  Lui ne revient jamais sur cette fenêtre et continue de me bercer sur mon adresse privée.

 

Je coupe les ponts.  Le lundi soir je reçois un dernier mail : « Ma douce, tu es là ? »

 

Et je pense sans l’écrire : « Pauvre con !  Tu sais ce qu’elle te dit TA DOUCE ?  Tu sais où tu peux te la carrer ?  Vas te faire voir, ma pause dinde a duré deux semaines, c’est bon ! »

 

Plus que quelques jours d’abonnement.

 

Vite contacter une ou deux personnes et leur donner mon adresse privée, une dernière chance d’amortir cet abonnement bidon.  Apparait un S qui me contacte spontanément et souhaite entreprendre un dialogue : 48 ans (8 ans plus jeune que moi).  Je me méfie et consulte google à son sujet.  Déjà, il existe vraiment et les renseignements concordent.  Il me communique son numéro de GSM sans demande de ma part.  Je suis donc plus en confiance.  Et la conversation mail s’installe, reste courtoise, l’échange est réel, il vit avec son fils de 14 ans, est fraîchement divorcé, et souffre d’un burn out profond depuis près d’une année.  Il est en dépression quoi !  Je suggère une rencontre, il accepte et la rencontre a lieu, elle se passe bien, nous restons attablés tout l’après-midi à parler.  Nous continuons nos échanges ensuite, mais je constate qu’il traîne maintenant la patte.  Pour le soulager je lui écris qu’il ne me doit rien et qu’il peut arrêter si c’est cela qu’il souhaite.  Je lui ai enlevé ses scrupules et depuis, il a disparu.  C’était son droit…  Et ça m’endurcit !  Même plus de déception, c’est normal…

 

Simultanément, Pablo est apparu.  Même avec son nom, google ne trouve rien à son sujet.  Les photos me conviennent, il se dit fiscaliste, a 58 ans, vit seul avec sa fille de 9 ans dont la mère est morte.  Il a engagé une nounou pour s’occuper d’elle et habite les beaux quartiers de Namur, soit la Citadelle !

 

Il veut absolument me connaître, échanger des mails, je compte beaucoup pour lui, c’est avec une femme telle que moi qu’il souhaite refaire sa vie, etc…  Je le tempère : je ne veux pas me retrouver mère de substitution d’une gamine de 9 ans, j’ai passé l’âge !  C’est pas maintenant que je suis libre de mes mouvements que je vais m’aliéner dans un rôle que je ne souhaite pas assumer.  Et puis, je préfère ma relation avec S qui poursuit, parallèlement, son chemin.

 

S ayant disparu, il me reste Pablo. 

 

Pablo se dit fils d’un napolitain et d’une française.  Mais il ne connait pas vraiment le français, ses fautes d’orthographe sont graves…  Mais est-ce un problème pour manipuler les chiffres ?

 

Lorsque j’ai proposé une rencontre réelle, il m’a invitée pour le réveillon de Noël !  Je lui ai pourtant bien spécifié que je ne supportais pas les fêtes commerciales programmées, et de plus je serai avec mon fils.  Cette rencontre est impossible !  Je veux d’abord le rencontrer seul dans un endroit neutre !

 

Il accepte, je le laisse aménager son temps.

 

Et voilà soudain qu’il quitte la Belgique, va au Mali pour tenter de régler un problème financier d’un de ses amis !  C’est dingue ça, il y a vraiment des amis en or, qui partent dans le nord du Mali sans peur d’enlèvement, qui mettent leur vie en jeu alors qu’ils ont la charge d’une enfant déjà orpheline de mère, qui obtiennent leur visa d’un claquement de doigts et qui sont sans doute déjà vacciné contre toutes les maladies dont il faut se prémunir pour entrer sur le territoire.

 

Pourtant, il me dit qu’il ne connait pas l’Afrique et sollicite mes conseils.  Ceux-ci lui serviront pour me gaver de ses mails qui parlent… de ce que je lui ai au sujet du pays !  La manœuvre est belle, mieux gérée que celle de JM !  Il est plus finaud le Pablo, même s’il ne connait pas bien l’orthographe.

 

Bien sûr, il espère rentrer très rapidement pour me rencontrer, il regrette de ne pas être là au moment de mon opération, c’est un malheureux concours de circonstance quoi !

 

Dimanche, avec mon amie Kat, j’évoque mes « aventures »…  Arrive un mail du « Mali », Pablo me souhaite le meilleur pour mon opération et signe… CHARLES !!!!!

 

Kat s’esclaffe !  Et me révèle ce qu’elle a elle-même fait à une époque de sa vie…

 

Sa fille avait quitté le nid, elle vivait déjà seule, et avait seulement son travail pour distraction principale (enseignante).  En jouant en ligne une espèce de scrabble, elle a fait la connaissance d’un homme qu’elle ne verra jamais, et s’est faite passer pour ce qu’elle aurait toujours voulu être : une jeune africaine de toute beauté.  Elle s’invente un nom, une histoire, précise qu’elle ne cherche pas de mariage, de papiers, elle a un permis de séjour en règle, est étudiante, etc…  Le soir, elle retourne à l’école qui est proche de son appartement et entretien le dialogue.  Elle se sent bien, épanouie, elle vit enfin, virtuellement, sa vie rêvée…

 

Quand la rencontre est programmée avec l’homme, elle invente n’importe quel prétexte plausible pour la reporter.  Elle doit précipitamment rentrer en Afrique !  Et comme elle n’arrive pas à se dépêtrer de ses mensonges, Kat est contrainte de tuer son héroïne !  Et la vraie Kat annonce à l’homme le décès de sa double africaine, car elles étaient très amies, la doublure utilisait la boîte mail de Kat, occasionnellement, Kat connaissait leur histoire virtuelle…  Bref, elle s’en sort avec une pirouette ! 

 

Kat m’assure que Pablo va m’inventer n’importe quoi pour justifier son lapsus : CHARLES.

 

Bien sûr ma réponse à Pablo ne comporte qu’un seul mot : « CHARLES ????? »

 

Et le lendemain, la réponse tombe : « C’était l’anniversaire du décès de mon père qui s’appelait Charles, et je pensais tellement fort à lui que j’ai signé Charles au lieu de Pablo. »

 

Ma réponse : « Charles n’est pas vraiment un prénom napolitain. »

 

Lui : « Oui, mais il s’appelait Charles. »

 

Je profite de mon plâtre pour justifier mon silence et mes mails très brefs.  J’attendrai son « retour » et notre « rencontre » pour laquelle il brûle d’impatience…

 

 

 

Mon interrogation est simple et légitime sans doute : quels sont les personnes qui jouent à ce jeu ?  De quel mal souffrent-elles ?  Je ne pourrais jamais entrer dans la peau d’une autre pour le plaisir de risquer faire souffrir un inconnu, éveiller des espoirs de perfection.  Que cache ce machiavélisme ?  Quelle sournoise vengeance cherche-t-ils (elles) à satisfaire ?

 

 

 

J’interroge Kat à ce sujet.  J’ignore si elle se sent coupable, je sais que c’est l’unique fois qu’elle l’a fait…  Voici ce qu’elle en dit :

 

 

 

« Alors, moi, j'ai arrêté le jeu pour plusieurs raisons. Le fait que le gars voulait venir à Bxl pour me voir, mais j'avais déjà décidé d'arrêter puisque je faisais repartir Awa en Afrique ( là, moins d'internet > peu de possibilité de continuer à entretenir la "liaison") et puis aussi, je me rendais compte que j'ai aussi eu peur d'entrer dans la folie, de ne plus vouloir que devenir cette Awa à la peau noire... Je n'ai pas trop  pensé au gars puisque il était virtuel, je ne connaissais pas sa peau, même pas son image (il ne m'a jamais envoyé de photo > lui aussi avait peut-être des choses à cacher...ou il jouait aussi un jeu, j'en sais rien). Mais le fait de faire mourir Awa, tuée par un mari jaloux...( > "me" faire mourir), j'aurais dû sans doute le travailler en psychothérapie, était-ce un suicide virtuel?un déni de moi? ...?  Tout cela s'est passé en 2000 et ça n'a duré "que" un ou deux mois. Le virtuel, c'est dangereux, c'est faussé. Fais gaffe, ne fais pas confiance aux relations virtuelles, prends cela au deuxième degré, comme si tu jouais dans un film. »

 

11:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

J'ai bien une réponse parmi tant d'autres...
Trop de gens y jouent... Vous parlez ici d'hommes... mais j'ai connu cela avec les femmes...
Depuis j'ai laissé tomber les réseaux...
Je m'en remets à mes rencontres physiques dans la proximité de mes pas. Mais ces rencontres ne sont pas intéressées (je suis marié)... Ainsi je n'attends rien de quiconque et je ne promets rien... La relation est alors "saine", "altruiste"...
La facilité de l'anonymat pousse les individus (tous genres confondus) à vivre leur égo en toute impunité.
Ils perdent leur loyauté, leur âme, leur intégrité par cela...
Ces gens là ne m'intéresse pas, ils ne sont pas de "véritable êtres humains"...
Quels êtres vous attirent ? Poser vous la question.
Bon courage

Écrit par : Shirokuma | 02/12/2014

Répondre à ce commentaire

Merci pour votre commentaire. Evidemment, je parle d'hommes parce que je suis hétéro je n'ai croisé que des hommes, mais ce qui est valable pour un genre l'est certainement pour l'autre. J'ai envie de dire à ces personnes (tous genres confondus): écrivez des romans dont vous serez la vedette ! Mais ces romans ne pourraient être publiés que dans les collections à l'eau de rose car tellement peu crédibles et pathétiques.
Je ne connaissais pas ce type de personnes et je pensais rencontrer des gens qui, comme moi, pratiquent la transparence, avec des ratages, des réussites, des aspirations futures concrètes et l'envie d'aller de l'avant, bien accompagné.
J'en reviens à mon point de départ, mais à votre différence, ma vie sociale ne me met pas en contact avec des inconnus, de nouvelles têtes. Mon entourage est très limité et le restera. Le hasard fera ou ne fera pas...

Écrit par : Zosio | 02/12/2014

Répondre à ce commentaire

Oui !
C'est bien le hasard qui agit. ici et maintenant, sur internet (qui n'est qu'un moyen) ou dans la rue lorsque vous faites vos courses... Ne vous découragez pas ! les gens deviennent souvent leur égo... Ils se voient au-delà de prismes déformés... Peu comme vous s'observent honnêtement. cela ne veut pas dire que vous ne croiserez pas ce genre de personne;.. Soyez patiente, et restez lucide ; ne laissez pas le découragement s'emparer de vous !

Écrit par : Shirokuma | 02/12/2014

Répondre à ce commentaire

Aaah Zozio... enfin... De toute évidence t'es tombée sur des cas pathologiques... Maintenant faut dire aussi, et tu le sais aussi bien que moi, qu'une fois qu'on se déplace sur la toile, qu'on écrit, qu'on blogue, automatiquement il y a une part de "show", même si on fait un maximum pour rester authentique et vrai. Disons que c'est inhérent à l'écriture. Evidemment ce n'est en rien comparable avec l'escroquerie à l'identité et les faux en personnalité dont tu as été victime. Bien sûr, bien sûr, s'inventer une vie 100% digitale et imaginaire peut être une aventure tout à fait passionnante et attirante... mais alors sans but de nuire ou de profiter, juste pour l'expérience... et avec le risque de se perdre complètement dans une schizo auto-destructrice...

Écrit par : Un homme | 06/12/2014

Répondre à ce commentaire

Hello HOMME !
Un seul mot me déplait: VICTIME...
En me mettant "en vente" je suis consciente du risque encouru et du prix à payer. Je ne suis pas une oie blanche, je ne m'imaginais seulement pas à quel point était répandue l'usurpation d'identité, la création virtuelle d'individus (peu crédibles d'ailleurs).
J'aime à croire que mes blogamis sont des gens sincères, c'est pourquoi je leur suis fidèle tout en vivant cette amitié de manière virtuelle. Mais l'amour virtuel ça ne m'intéresse pas du tout ! Surtout avec des schizos...
Et paf ! Une petite dose de dopamine !

Écrit par : Zosio | 06/12/2014

Répondre à ce commentaire

En 10 ans ça c'est quand même aggravé.
Il y avait les mecs qui avaient juste envie de s'occuper pendant une soirée mais pas encore ces histoires d'argent.

Je préfère quand même rencontrer des gens en faisant mes courses, même si ça ne m'arrive presque jamais...

Écrit par : Rubynessa | 14/12/2014

Répondre à ce commentaire

Effectivement, en 10 ans, le marché a totalement changé ! Moi non plus je n'en revenais pas, mais je persiste à croire qu'il n'y a pas "que ça". Le tri est difficile à opérer, et dès que je reçois une photo, je contrôle que l'image n'est pas déjà répertoriée. Résultat de la pêche: maigre, les fonds marins ne sont plus ce qu'ils étaient, tous les poissons sortent des élevages et sont intoxiqués !!!!

Écrit par : Zosio | 14/12/2014

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.