25/09/2017

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Comme Manoudanslaforet me le faisait remarquer, il y a l’âge dans la tête et l’âge du corps.

 

On est bien d’accord !

 

Et c’est ce qui me surprend le plus : l’écart qui se creuse entre les deux. 

 

Ma tête a conservé sa part de révolte, et cette révolte s’est sans doute même affutée parce qu’elle a maintenant des éléments d’appui, parce que j’ai analysé, observé des systèmes inventés par l’humain et qu’ils me paraissent déshumanisés, voués à l’anéantissement parce qu’ils reposent sur l’exploitation sans permettre la régénération du système.

 

Pourquoi l’humain, doté d’intelligence, ne met-il pas son savoir au service de l’ensemble de ses congénères ?  Pourquoi l’individualisme a-t-il pris le pas au détriment d’un bien-être plus accessible à une majorité ?

 

Un détail parmi d’autres : je gère le personnel de l’asbl qui m’emploie.  Depuis quatorze ans j’étudie l’évolution des salaires de chaque travailleur.  Le principe de l’indexation est d’application en Belgique depuis… avant que j’entre dans le monde du travail.  Et en 14 ans, alors que le salaire brut du chef de service a augmenté de 100 (chiffre arrondi), celui d’un ouvrier qui travaille pour lui n’a augmenté que de 43 (chiffre arrondi).  Il m’avait semblé comprendre que l’index devait permettre à tous les travailleurs (et aux allocataires sociaux) de faire face à l’augmentation du coût de la vie…  Alors, la vie n’a augmenté que de 43 pour l’un et de 100 pour l’autre ?  C’est drôle, ils paient leur pain au même tarif, leur essence, …  Donc l’un s’enrichit sur le compte de l’indexation et l’autre arrive tout juste à continuer à subvenir à ses besoins ?

Donc, sur cette base, l’écart entre les barèmes ne cesse de se creuser, les « riches » deviennent de plus en plus riches, et les « pauvres » deviennent de plus en plus « pauvres » ?  C’est donc ça la logique défendue ?  Pourquoi ne nous l’a-t-on pas présentée ainsi au lieu de nous endormir avec une théorie faussement égalitaire : « tout le monde aura 2 % » ?

 

De nombreuses questions ont surgi quant à la population mondiale dont je fais partie.  Et si j’étais là, ou là ?  Si je vivais ça ?

 

Mes lectures m’ont menées dans bien des pays, dans des civilisations, dans des époques.  Amin Maalouf fut un guide, au départ avec « Les désorientés », puis les autres, dont « Les identités meurtrières » et « Le dérèglement du monde ». 

De là je suis partie vers des auteurs orientaux, moyen-orientaux.  Et d’un auteur à l’autre, mon parcours de lectrice boulimique m’a promenée vers de belles découvertes divertissantes et instructives.

 

Pour tenter de comprendre il faut apprendre, et pour apprendre il faut pénétrer dans le passé, dans l’histoire.  Alors, les biographies sont des supports, des témoignages à exploiter, et les vies de Louis XIV, de Catherine II, d’Alexandre 1er, d’Aung San Suu Kyi, de Roger Auque, du Che, de Coco Chanel, Marilyn ou Madona et les autres encore, m’apportent un éclairage sur une époque, des faits et des lieux que je n’ai pas connus, pas assimilés, ou simplement pas compris au moment en j’en avais pris connaissance.

 

Et d’autres encore, rien que du plaisir : Anna Gavalda, que j’avais effleurée lors de ma période « je fréquente un bourge qui me paie quatre fois l’an des vacances de grosse bourge, au bord d’une piscine », avec son « Echappée Belle », mais lue entre deux apéros corsés et deux avions, je n’avais pas retenu le nom de l’auteure, et rendu le livre à l’homme du moment.  Un prêt quelques années plus tard, d’une membre d’un groupe de parole que je pratiquais alors, et revoilà Anna dans mes mains, et je la reconnais de suite, et surprise, c’est une réédition, et elle a ajouté un dernier chapitre ! 

 

C’est du pur nectar !  J’imprime son nom dans ma pauvre tête, elle ne me quittera plus, et je cherche, et j’achète et j’adhère totalement, et je la partage avec une amie en pleine dépression qui n’arrive plus à lire, comme c’est souvent le cas quand on est au fond de la déprime, il faut qu’elle positive, qu’elle trouve des histoires qui donnent de l’espoir…  Et Anna, par ses romans, me donne de l’espoir…

Et mon amie de me dire : je comprends que tu l’aimes, on dirait toi, elle pourrait parler de toi.

Là-dessus je cherche ce que nous aurions en commun, et je vois sa date de naissance : 9 décembre 1970, donc, l’année du chien pour les chinois (je suis de l’année du chien, en 1958), puis, sagittaire, je suis ascendant sagittaire.  Echo, écho, écho…

 

Tatiana de Rosnais, « Manderley for ever », m’amène à Daphné du Maurier, auteur anglaise dont je n’avais jamais entendu le nom, mais dont j’ai vu des films tirés de ses romans.  J’embraie et je lis cette auteure particulière dont on se demande d’où lui vient l’inspiration tant sa vie est éloignée de ses créations.

 

Et puis, un auteur anglais m’interpelle également : Alan Hollinghurst.  Plus contemporain, me guide dans le monde peu connu, en ce qui me concerne, de l’homosexualité masculine, qui me touche plus spécifiquement depuis le coming out de mon beau-frère (le mari de ma sœur qui a été assassinée en 2002 loin de l’Europe).

 

Et donc j’ai vogué, d’auteur en titre, de titre en auteur, me laissant porter par mes envies, allant vers des inconnus, me disant que si le bouquin était dans mes mains, c’est que peut-être il fallait que je l’ouvre.  J’ai pris le hasard comme guide et je suis heureuse du résultat, des portes qu’il m’a fait pousser…

 

J’y reviendrai, la dégustation se partage…

 

13:52 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9)

17/09/2017

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Et donc cette semaine j’ai été rendre visite aux blogs délaissés durant quelques années, et surprise je les ai retrouvés à peu de choses près tels que je les avais laissés.  C’est aux photos des petits-enfants, qui occupent une part des « nouvelles », que j’ai constaté le temps écoulé. 

 

J’ai ainsi remarqué l’une de mes différences essentielles par rapport aux femmes de ma génération : je n’ai pas et n’aurai jamais de descendance au-delà de mon fils unique et autiste.

 

Et je me souviens d’une voisine, maman, qui apprenait l’homosexualité de sa fille adulte, et qui pleurait les petits-enfants qu’elle n’aurait pas !  Comme si, de nos jours, la conception d’enfant exigeait la mise en présence physique d’un homme et d’une femme…  Mais non, mais non…  Bientôt même les hommes pourront porter un enfant en eux !  T’inquiète pas, si elle veut des enfants, elle en aura !

 

Alors, qu’ai-je à raconter, à partager ? 

A décharger en quelque sorte ?

 

Ah oui, mes crachats de lune !  C’est un truc peu connu, et ça se répand dans les jardins tellement infertiles que la bactérie se développe sur la terre nue.   

 

Longue phase d’observation, mutisme et discrétion.  Conversations avec mon Prosper (perroquet), Titine (ma vieille chatte psychotique), Gribouille (le chat du voisin qui vit pratiquement chez moi), et mon fils, un Week end sur deux, qui n’a jamais parlé.  Ça le fait ça non ?  Et bien sûr ma vie professionnelle, un automatisme bien huilé.

 

A l’écoute des « infos », rien qu’à la radio, je poursuis l’ignorance de la télévision.  Bien que ça me prive d’un petit nombre d’émissions « intéressantes », voire « instructives », j’y gagne un temps considérable à ne pas m’attarder sur la publicité débile, obsédante, intrusive.  J’en ai profité pour lire, énormément…

 

Je conserve du « passé » la musique en continu, sur une base rock, blues, soul, jazz, tous les dérivés et une attirance particulière pour le grunge avec l’absolue dévotion à Eddy Vedder qui occupe une place majeure sur ma clé usb « play list de crémation » préparée spécialement pour les oreilles du fils, quand l’heure sera venue…

 

Je suis passée de l’autre côté, je prévois maintenant le demain sans moi plutôt que ma vie de demain.

 

A force de pratiquer des biopsies tous les six mois, de me faire retirer des morceaux « qui ne sont pas encore, mais qui pourraient le devenir », d’avoir en moyenne un dépistage ou des soins qui ne guériront plus mais tentent de limiter les dégâts, chaque mois, d’un côté ou de l’autre, je me dis qu’un jour ou l’autre « il » va bien finir par se déclarer là où ne l’a pas encore cherché.  Sans compter sur le reste : l’accident vasculaire qui ne s’annonce pas et se contente de frapper.  Bien sûr depuis vingt ans je souffre d’hypertension, bien sûr j’ai fumé durant quarante ans, et même si j’ai arrêté en janvier, les dégâts sont présents et ne s’effacent pas, puis j’ai quand même consommé de l’alcool durant des années, au point de devenir alcoolique, et même si mon abstinence est totale depuis plus de quatre ans, j’ai agressé mon corps qui s’en souviendra en son temps.

 

Je me suis prise le vieillissement en pleine poire !  C’est arrivé aussi vite que l’adolescence et ses transformations express.  Cinq ans et tant de changements !  Je m’étais promis de ne pas me laisser avoir par l’âge, et il m’a pris de vitesse, je n’ai rien pu faire, et je souris doucement lorsqu’on me dit que « pour l’arthrose, il faut essayer ça, c’est super bien, pas toxique, à base de plante… », pour les « ceci » il faut faire « cela », mais les « ceci » sont maintenant tellement nombreux que je devrais me lever à quatre heures du matin pour avoir le temps de tout faire comme on me le conseille avec bienveillance…

 

Oui, un seul mot résume tout cela : vieillissement

11:14 Publié dans Blog | Tags : vieillissement | Lien permanent | Commentaires (12)

02/09/2017

Quelques années plus tard

Quelques années se sont passées, je n’ai plus écrit une seule ligne !

Mais j’ai lu, j’ai tellement lu !

 

J’ai cultivé la solitude absolue, ne vivant qu’à répétition les trahisons, ne croisant que des manipulateurs pervers déterminés à entamer le combat avec une lutteuse de premier choix, j’ai opté pour l’économie de mon énergie qui s’effiloche au fil des années au seuil de la soixantaine.

 

Je me souviens avec nostalgie d’un temps où le blog était un espace d’expression utilisé avec jubilation par un grand nombre de bloggeuses(eurs), de l’amitié qui s’y développait, de la gratuité de l’échange entre personnes, de la sympathie naissant spontanément à la lecture des récits de vies anonymes semblables à la nôtre par différents points.

 

Cela ressemblait à un « groupe de parole », ça s’apparentait à une thérapie par l’expression et l’écoute, la bienveillance, le soutien, la compréhension, l’échange d’expérience.

 

J’imagine qu’aujourd’hui la plupart des bloggeurs raconteurs d’histoires se sont tournés vers la simultanéité, la brutalité et l’hypocrisie de facebook et autres plateformes de même type où se côtoient la laideur, l’ignorance, les contre-vérités, …

Et j’en fais partie !  Je m’y suis inscrite !  Et je n’y ai pas trouvé de plaisir, je n’ai rien trouvé à partager (ou si peu), et mon souci de rester dans la discrétion va à l’encontre de ces médias qui prônent la mise en avant de l’individualité, à n’importe quel prix, surtout au prix du mensonge.  La mise en scène de l’auto-publicité…

 

L’envie d’écrire reviendrait-elle ???

 

Et si cela était le cas, ce ne serait justifié que par mon plaisir personnel, qu’importe si j’ai, ou non, des « lecteurs », qu’importe si je n’ai pas de commentaires, qu’importe d’écrire dans le vide.

 

Mon monde est vide, épuisé.  Il reste des souvenirs de défunts, tellement de défunts…  Il reste la vie du fils handicapé à préparer pour l’après-maman, c’est prêt d’un point de vue administratif, mais ça ne le sera jamais tout à fait, il y aura toujours des situations qui surgiront, qui moduleront ces dispositions, qui les mettront à mal, qui le mettront en danger.

11:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5)