28/10/2017

Zosio (123)

Pas sûre de pouvoir revenir, de pouvoir à nouveau raconter mes histoires.

 

Subsister en retrait de la « relation » d’humain à humain me place en décalage dans l’échange que suppose la vie d’un blog.

 

Parce que oui, on peut donner l’illusion de la relation, simuler la relation sociale (comme d’autres choses), mais sans s’y investir, en restant en superficie, en donnant le change, mais sans permettre au vis-à-vis d’influer sur soi.

 

C’est sans doute un mécanisme que j’ai mis en place face au harcèlement moral que j’ai vécu pendant des mois au bureau.  Que j’ai affiné pour en arriver à mon mantra souverain :

  • Je m’en fous !

 

Alors, puisqu’en relation amoureuse je suis d’une nullité totale et que je ne m’attachais qu’à des hommes qui m’utilisaient à des fins qui me nuisaient, puisque mes rares amitiés se sont étiolées et qu’on n’échange plus que par mails distants ou parfois par téléphone et qu’on n’a plus rien à se raconter, par pudeur ou par indifférence, par éloignement des centres d’intérêts (je ne suis pas grand-mère : ça plombe), je ne sais plus amuser la galerie avec mes aventures « aventureuses », bref, la famille (ce qu’il en restait) a explosé après le décès des parents il y a des années, mon « papé » est mourant depuis maintenant presque vingt ans, et je continue de veiller sur lui, mais toujours sans autre relation que cette servitude envers un infirme de plus en plus dépendant.

 

Evidemment j’ai mon groupe de parole pour alcooliques abstinents.  J’anime, je coordonne, cet embryon que j’ai lancé en avril dernier, et encore, je n’entre pas en relation, je me tiens à distance, la distance à maintenir pour ne pas « assumer » toutes les souffrances des participants, la distance nécessaire pour garder la neutralité qui doit me guider tout en donnant de l’empathie, de l’écoute, du soutien.  Mais je reste maîtresse de la relation.

 

Comme je veux rester maîtresse de toute relation à venir, de manière à ne plus devenir un jouet dans des mains mal intentionnées et dévastatrices…

 

Donc, oui, je vois des gens, oui, j’ai une vie sociale apparente, mais non, je ne développe pas de relations avec les gens, c’est un leurre…

11:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (12)

16/10/2017

Zosio (122)

Et j’en arrive là où je voulais arriver : il y a mille raisons de passer d’un pays à l’autre, et tout autant de façons de procéder.

 

Néandertal, cet humain ancien, notre ancêtre, voyageait en fonction de ses besoins (alimentaires, outillage, matières premières, …), en fonction des facteurs climatiques, et peut-être même pour des raisons spirituelles qui ne sont pas identifiées et ne sont donc pas prises en compte à ce jour.  Mais il était nomade !

L'histoire est marquée par des mouvements de populations constants.  Le commerce et la guerre en sont sans doute les raisons les plus courantes.  Les gigantesques empires du passé et les différentes alliances entre états font que les populations d’Europe, d’Asie, du bassin méditerranéen, du Moyen-Orient se côtoient, se mélangent, échangent, migrent d’ouest en est, du nord au sud.

 

Au tout début de la guerre 40-45, mon père adolescent a participé à l’exode de la peur de l’arrivée de l’armée d’occupation allemande, le souvenir des massacres de 1914 a entrainé une fuite générale et dans l’urgence des populations. 

A de nombreuses occasions, j’ai entendu des récits de cet étrange voyage, et c’est l’entraide anonyme qui domine ce morceau d’histoire.  Des liens qui passent les générations se sont tissés entre des familles françaises et belges, rien que sur base de ce souvenir : avoir vécu une peur intense, avoir été secouru alors qu’on n’avait plus rien et qu’on pensait avoir tout perdu…

 

Et puis maman arrive en Belgique, elle parle allemand…  La guerre s’est terminée il y a peu d’années (elle a dû arriver vers 1948).  Et malgré ce handicap elle a été accueillie.  Bien sûr elle a vite compris le terme « sale boche » dont certains l’affublaient.  Mais il devait s’agir de réactions anecdotiques, elle a ainsi appris de qui se méfier.  Elle avait d’autres atouts : elle était jeune, belle, indépendante, et elle avait une soif de vivre telle qu’on en connait après des années de privations.  Elle a fait son chemin et s’est mariée en 1952.  Par son mariage elle est devenue belge, et ses quatre enfants sont nés belges…

 

Cela c’est la petite histoire de mes « ancêtres ».

 

Aujourd’hui je m’interroge : je vois mes « concitoyens » hurler dès qu’il s’agit d’aider une personne dans le besoin, s’insurger contre les mesures de plus élémentaires d’accueil, voire mettent en place des pénalités pour contrer l’entraide spontanée !

 

C’est vrai, je ne suis pas fière de mon pays, pour cette raison et pour d’autres…

 

Alors j’imagine…

Et si demain, comme nombre de réfugiés qui meurent sur les routes de l’exil, si demain nous perdions notre bien le plus cher et le plus oublié tellement il est présent et considéré comme inconditionnel : l’électricité ! 

Je ne parle même pas de la peur des bombes, des règlements de comptes entre factions diverses, non, rien que du pacifique : perdre l’électricité…

 

Directement, à mon petit niveau personnel, le chauffage disparait, et je n’ai même pas une cheminée me permettant de mettre un système de chauffage au charbon ou au bois.  Je ne sais plus cuisiner, je dois manger en urgence le contenu de mon frigo et de mon congélo (mais je ne sais plus cuisiner, dur dur…), le pc, le GSM, la radio, la télévision (que je n’ai pas), le lien avec l’extérieur disparait !  Il me reste les voisins qui sont aussi peu informés que moi…

Au-delà de ces premiers constats, ma voiture ne pourra plus faire le plein, les pompes ont besoin d’électricité pour fonctionner. 

Les magasins : plus de paiements par carte, plus de lumière dans les magasins, plus de caisses enregistreuses, plus de chambre froide, plus de, et de, et de…

Au niveau de mon emploi ?  Que pourrais-je faire au bureau si je n’ai plus accès à mes fichiers ?  Si mon écran reste noir, je ne sais plus rien faire qui justifie un salaire mensuel…

 

Et ce simple fait qui semble impossible, la perte d’un élément qui occupe toute notre activité, s’il perdure, nous obligera immanquablement à prendre la route et à émigrer…  Nous ne sommes que des émigrés en sursis !  Ou nos descendants…

 

Ne pas oublier, ne jamais oublier d’où nous venons…  Et ne jamais savoir où nous allons, où nous irons…

10:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

02/10/2017

Zosio (121)

Je parlais d’indignation, de révolte, de colère qui sourdent en moi…  Cet état latent que j’étouffais (bien mal d’ailleurs), en me grisant de mille manières, en endormant ma conscience, en me taisant surtout.

 

La conscience dans laquelle je vis actuellement m’interdit de continuer à fermer les yeux sur ce qui m’indispose, et m’oblige à dénoncer ce qui me choque, car « Qui ne dit mot consent », et j’ai trop longtemps consenti à force de me museler.

 

J’ai déjà abordé l’injustice sociale par le biais de l’indexation des salaires inventée par le capitalisme, et qui est un système qui, à l’extrême, va forcément dans le mur.  Le « De plus en plus » se heurtera immanquablement un jour à l’impossible, il y a une limite à tout quant à la vie sur cette planète.  Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, et ce n’est pas ma spécialité, ni ma formation, mais j’ai là, un domaine riche de thèmes…

 

D’autre part, je suis issue de l’émigration.  Ma mère a été « déplacée » après la guerre, déportée d’un pays de l’Est vers l’Allemagne alors anéantie.  Elle a passé Noël 1944 cachée dans une cave, avec toutes les autres femmes et enfants, dans la crainte de l’arrivée des russes mais surtout des viols qu’ils perpétraient.  Sa faute et celle de la moitié de sa famille : un patronyme d’origine allemande.

 

Voilà donc maman, toute jeune femme (18 ans), débarquant dans une Allemagne ravagée, presque vaincue, à peu de mois de l’armistice, avec sa sœur aînée et sa mère.  Son père et son frère étaient encore retenus prisonniers en Russie.  Ils les rejoindront plus tard dans leur infortune.  Ils n’ont plus rien !  Les russes leur ont tout confisqué.  Ma grand-mère avait une épicerie et mon grand-père était propriétaire terrien, viticulteur et cultivateur de fruits, en plus de quelques bêtes : un cheval pour le transport des personnes et des marchandises, une vache pour le lait, un cochon pour l’hiver, des poules pour les œufs, des chats pour les souris, un chien de garde….  Ils n’avaient que trois enfants et travaillaient tous les deux, cela en faisait une famille « aisée » dans leur village à huit kilomètres de la capitale où mon grand-père écoulait ses récoltes et où ma grand-mère se fournissait en différents produits pour son magasin.  Maman était la cadette de la fratrie, elle aimait apprendre, cela lui a permis d’aller à l’école durant sept années au lieu des six considérées comme le maximum pour une fille.

 

A quoi se destinait-elle ?  Sans doute au mariage et à un statut de mère de famille, avec une vie sociale bien remplie dans laquelle la religion catholique aurait une place prépondérante, comme c’était le cas pour ses parents.  Encore que son père soit déjà à moitié contestataire d’un point de vue religieux, mais je n’ai jamais su parler avec mes grands-parents et avoir confirmation de leur sentiment : l’obstacle de la langue et l’éloignement (ils sont restés vivre en Allemagne).  Ces considérations sont donc issues des confidences de maman.

 

Quelques années de grandes privations en Allemagne, au travail du démantèlement des usines creusées dans les montagnes, mais aussi de joies et d’insouciance parce qu’entre dix-huit et vingt ans, juste après la guerre, le simple fait de vivre procure de la joie.  La moitié de sa famille, celle qui a le patronyme de l’Est, est restée au village, et a fait face au communisme, donc à un grand appauvrissement par l’abolissement de la propriété privée…

 

Mais il fait faim !  L’Allemagne est ruinée, maman remplit son estomac lorsqu’elle travaille dans un bistro où on prépare un plat du jour, et que sa patronne lui offre le repas.  Il n’y a rien à acheter, puis il n’y a pas d’argent, ils n’ont plus rien, ils ont sauvé les missels et des édredons, oreillers, le maximum de vêtements que les femmes ont pu superposer sur elles, des bricoles qui n’avaient pas de sens, mais dans la précipitation du départ et le choix cornélien de faire des ballots d’effets personnels, on s’embrouille, on ne sait plus ce qui est prioritaire, un service à café en porcelaine, des photos, il y en a peu alors, c’est peu de chose…

 

On récupère la toile des parachutes pour faire des chemises aux hommes, on s’arrange d’un rien…

 

Puis, la moitié de son village est dans son cas, elle retrouve donc ses amies, et leurs rêves d’ailleurs se précisent.  Ils se sont fait jeter de leur pays pour l’Allemagne, mais ils ne sont pas allemands, même si leurs papiers les renseignent comme tels et s’ils en parlent la langue, ils sont devenus apatrides, ils peuvent partir où ils veulent, où ils peuvent surtout…

 

Mon arbre généalogique est très particulier en raison de cet exode… j’ai des petits-cousins répartis sur tous les continents (sauf les pôles).  Maman recevait du courrier d’une multitude de pays, et les timbres étaient soigneusement découpés pour les collectionneurs.  Evidemment, l’Amérique et le Canada avaient la cote, la Nouvelle Zélande, le Brésil, …  et la Belgique !

 

Déjà dans les année 20 la Belgique était connue à l’Est comme un pays de cocagne.  Les filles pauvres venaient « en service » (domestique à demeure) pour se faire l’argent qui paierait leur « Trousseau ». 

Puisqu’une femme adulte n’avait de statut que par le mariage (ou la religion), et qu’elle devait apporter le linge de maison en dot (c’est le minimum quand même !), il fallait gagner ses mètres de draps !

Et donc la Belgique offrait des postes de domestiques…

La meilleure amie de maman était déjà passée en fraude d’Allemagne en Belgique et travaillait en noir dans une famille.  Elle a été dénoncée et jetée en prison, peu de temps, avant d’être renvoyée en Allemagne.  Elle a alors convaincu maman de l’accompagner.

Elles sont donc passées en fraude, une nouvelle fois pour l’amie, et ont commencé à travailler dans des familles.  Pour maman, la petite noblesse d’abord, mais qui ne déclarait pas ses domestiques.  Ce sont alors des bourgeois, plus fortunés que les nobles, qui l’ont engagée et déclarée.

 

Une religieuse alsacienne, maîtresse d’école, lui apprendra le français dans ses heures de liberté.

 

 

(La suite prochainement…)

09:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8)